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Crise agricole

Vignerons en colère, la Confédération paysanne dénonce un système à l’agonie

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Agriculture

La crise viticole met en scène l’affrontement entre deux visions agricoles. D’une part, la FNSEA, qui défend les instruments habituels de gestion de crise et, d’autre part, la Confédération paysanne, qui accuse un modèle libéral d’avoir asphyxié la filière. Dans un climat de colère et d’épuisement, c’est une véritable bataille politique qui traverse le vignoble.

Face à l’effondrement des prix, à la chute de la consommation et à l’envolée du coût des intrants, la FNSEA soutient le plan gouvernemental : arrachage définitif financé par le FEADER, distillation des excédents, réouverture des prêts garantis et allègements de charges. Le premier syndicat agricole défend une approche dite « pragmatique », fondée sur la continuité des outils existants et sur l’adaptation individuelle des exploitants.

La gestion sans rupture d’un modèle épuisé

Cette ligne prolonge la logique des dernières décennies : dérégulation des droits de plantation, extension des surfaces, course aux volumes, gestion assurantielle du risque et maintien du label HVE comme colonne vertébrale de la transition.

Ce positionnement suppose que le marché corrige l’excès d’offre et oriente les exploitations vers davantage de compétitivité. Mais pour de nombreux vignerons, cette stratégie ressemble à une fuite en avant faite d’arrachages répétés qui reconfigurent les paysages, de distillations successives qui ne résolvent rien et d’endettements prolongés par des prix toujours plus écrasés. La FNSEA, perçue comme garante d’un modèle en bout de course, apparaît pour beaucoup comme l’architecte d’un système qui accompagne la crise au lieu de la prévenir.

Confédération paysanne, rompre avec la logique libérale

À l’opposé, la Confédération paysanne défend une rupture claire, affirmant que la crise n’a rien d’un accident mais qu’elle est le résultat direct d’une politique libérale menée depuis quarante ans.

Pour elle, la FNSEA et les gouvernements successifs ont délibérément construit un modèle où les volumes remplacent la valeur, où la dérégulation fragilise les petites fermes, et où la rémunération du travail paysan est sacrifiée au nom de la compétitivité internationale.

La Conf’ propose un autre cap : mise en place de prix minimums garantis pour couvrir les coûts de production, régulation stricte des volumes avec des plafonds à 80 hl/ha pour les IGP et 100 hl/ha pour les vins sans IG, arrachage conditionné à la diversification agricole ou à l’installation des jeunes (avec une aide portée à 10 000 €/ha pour les premiers hectares), lutte contre la financiarisation du foncier pour éviter les rachats massifs par des investisseurs non agricoles.

Elle refuse l’arrachage massif « à l’aveugle », qui impose vingt ans de jachère sans activité économique et menace de transformer les territoires en mosaïque de friches difficiles à entretenir. Pour la Confédération paysanne, seule une régulation collective — des prix, des volumes, de l’accès au foncier — permettra de redonner de la valeur au travail paysan et d’assurer un avenir à la filière. Là où la FNSEA défend la continuité du système, la Conf’ appelle à le transformer de fond en comble.

Arrachage : jachères, friches et risques pour les territoires

L’arrachage impose vingt ans de jachère obligatoire, avec un entretien annuel coûteux sous peine de voir les parcelles évoluer en friches. Ces friches augmentent les risques d’incendie, favorisent les ravageurs et dégradent les paysages viticoles. Les alternatives (boisement, oléiculture, céréales) sont encore peu structurées et souffrent d’un manque de débouchés locaux. Au-delà de l’urgence économique, la crise viticole pose donc une question territoriale importante : que deviendront les coteaux du Languedoc, du Sud-Ouest ou de la Gironde lorsque des dizaines de milliers d’hectares sortiront durablement de la production ?

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