Le groupe d’experts sur le Smic a rendu son verdict : aucun coup de pouce, uniquement la hausse mécanique prévue par la loi. Résultat : +1,4 % au 1ᵉʳ janvier 2026, à peine un peu plus que l’inflation attendue.
Un rapport qui acte la modération salariale
L’argument avancé tient en une formule devenue rituelle : « ralentissement du marché du travail ». Autrement dit, dans leur logique, augmenter le Smic mettrait en danger les embauches dans les secteurs à bas salaires.
Ce discours, reconduit année après année, s’inscrit dans une trajectoire politique plus profonde : depuis 2012, aucun gouvernement n’a accordé une revalorisation discrétionnaire du Smic. La hausse automatique protège à peine du recul du pouvoir d’achat, mais elle ne compense ni l’explosion des loyers, ni la montée continue des dépenses contraintes.
Conséquence directe, un salarié au Smic vit aujourd’hui plus difficilement qu’il y a quinze ans, une réalité que les statistiques lissent mais que la vie quotidienne rappelle brutalement.
La CGT dénonce un choix de société et réclame 2 000 € brut
Pour la CGT, cette décision n’a rien d’une prudence technique. C’est un choix politique délibéré. Celui de maintenir une économie construite sur les bas salaires et l’ajustement permanent des travailleurs les plus modestes. Le syndicat réclame un passage du Smic à 2 000 € brut, jugeant que les 22 € nets supplémentaires attendus en janvier relèvent du symbole plus que de la protection sociale.
La centrale pointe du doigt les exonérations massives de cotisations patronales, qui créent selon elle une véritable « trappe à bas salaires » : plus un employeur maintient un salarié proche du Smic, plus il bénéficie d’aides publiques. Un mécanisme pervers qui finit par financer — via l’argent public — la compression des rémunérations.
La CGT critique aussi l’existence même du groupe d’experts, qualifié de « groupe de la non-augmentation du Smic », estimant qu’il naturalise un dogme économique : l’idée que la compétitivité passe d’abord par des salaires faibles.
La France des bas salaires
Au-delà du Smic, c’est une stratégie nationale des bas salaires qui apparaît au grand jour. La France compte aujourd’hui près de 15 % de salariés payés au niveau du Smic ou dans sa zone immédiate. Ce n’est pas un hasard, mais le résultat d’une politique publique articulée autour de trois piliers :
- exonérations patronales massives ;
- gel des minima de branche ;
- refus systématique de revaloriser le salaire minimum.
Cette architecture, que le gouvernement présente comme un soutien à l’emploi, produit en réalité un effet boomerang. Elle appauvrit les travailleurs, contraints de réduire leur consommation, d’arbitrer chaque dépense, de renoncer à des soins ou des projets.
Mais elle appauvrit aussi l’ensemble du pays puisque l’économie est anesthésiée, la croissance faible, et les territoires qui s’étiolent. Et, ironie ultime, les finances publiques doivent compenser cette pauvreté organisée par une batterie d’aides sociales qui coûte bien plus cher que des salaires dignes.
La « compétitivité-coût » vantée par l’exécutif n’est donc pas un horizon économique ; c’est un piège structurel, celui d’une France qui choisit de se maintenir dans le modèle du low-cost social plutôt que d’investir dans les salaires, la qualification et la montée en gamme.