Porté par Patrick Martin, ce contrat pourrait être rompu sans motif pendant plusieurs années, avec des droits qui monteraient progressivement. Autrement dit, un CDI à géométrie variable, réservé aux moins de 25 ans, dans lequel la stabilité devient un horizon lointain plutôt qu’un droit immédiat. Le président du Medef invoque les 1,4 million de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation et répète qu’il faut « faire travailler tous ces jeunes ». Une formule révélatrice d’une vision strictement utilitariste de la jeunesse, réduite à un stock de main-d’œuvre disponible.
Face à une économie en panne et à des entreprises sous tension, le patronat cherche à élargir encore le champ de la flexibilité. Les jeunes deviennent la variable d’ajustement idéale : moins protégés, moins syndiqués, plus exposés au chantage à l’emploi.
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Les organisations syndicales ne s’y trompent pas. La CGT parle d’un « CPE XXL » et d’une déclaration de guerre contre la jeunesse et l’ensemble du salariat. Car créer un contrat dérogatoire pour une catégorie d’âge, c’est instaurer une rupture durable dans le monde du travail. Aujourd’hui les jeunes, demain d’autres publics. C’est ouvrir la voie à une segmentation généralisée des droits, où le CDI de droit commun devient l’exception.
Quel travail, quels emplois ?
Le Mouvement des jeunes communistes de France souligne à juste titre que le problème n’est pas l’« inemployabilité » des jeunes, mais l’organisation même du système productif. Les jeunes des milieux populaires sont les plus touchés par le chômage et la précarité, non par manque de volonté, mais parce que l’économie française détruit plus d’emplois industriels et qualifiés qu’elle n’en crée. Leur proposer un sous-contrat ne fera que pérenniser cette relégation.
L’argument de l’inspiration italienne, souvent brandi, ne résiste pas à l’analyse. La baisse statistique du chômage ne dit rien de la qualité des emplois créés, ni de la montée du travail pauvre. Transformer l’entrée dans la vie active en sas de précarité n’est pas une politique de jeunesse, c’est une politique de compression sociale.
Si l’on veut réellement répondre aux défis posés par le vieillissement de la population, la transition écologique ou la réindustrialisation, la réponse est connue. Des emplois stables, correctement rémunérés, adossés à de véritables politiques de formation et à un grand plan de développement des services publics et de l’industrie. Pas des contrats jetables. Le débat lancé par le Medef n’a rien d’innocent. Il vise à fixer l’agenda politique de demain.