Ce 8 janvier, une centaine de tracteurs pénétraient dans Paris, bloquant axes routiers et lieux symboliques, malgré les interdictions préfectorales. Dans le Sud-Ouest, la mobilisation s’est enracinée sur les ronds-points, les autoroutes et autour de sites stratégiques comme les dépôts pétroliers.
Au cœur de la colère, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Depuis l’été 2025, les éleveurs bovins subissent des abattages systématiques et des quarantaines jugées aveugles, avec des indemnisations très en deçà des pertes réelles. Pour beaucoup, l’État applique des protocoles sans tenir compte ni des réalités économiques ni du traumatisme humain.
À cette crise sanitaire s’ajoute la menace persistante de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Tous les syndicats agricoles, sans exception, disent non. Non à une ouverture accrue aux viandes sud-américaines produites à moindre coût et selon des normes environnementales incompatibles avec celles imposées aux paysans français. La colère est d’autant plus vive que le vote approche, à Bruxelles, et que les tergiversations de l’exécutif alimentent la défiance.
La Confédération Paysanne participe pleinement au mouvement, mais selon d’autres modalités. Moins visible à Paris, elle privilégie des actions territorialisées. En Savoie, en Normandie, en Occitanie, elle a ciblé dépôts pétroliers et axes locaux, dénonçant à la fois la gestion de la DNC et un modèle agricole sacrifié sur l’autel du libre-échange.
Face à la mobilisation, le pouvoir temporise. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a reçu successivement les syndicats, tout comme le président du Sénat Gérard Larcher. Le gouvernement évoque des pistes, promet d’écouter, sans trancher. La France assure qu’elle pourrait voter contre l’accord Mercosur, tout en laissant planer le doute jusqu’à l’arbitrage final.
La FNSEA, plus en retrait ces dernières semaines, appelle désormais à une grande mobilisation le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg. Signe que la séquence est loin d’être refermée.
Ce que dit cette colère, au fond, dépasse les dossiers techniques. Elle révèle l’impasse d’un modèle agricole actuel. Tant que cette contradiction ne sera pas affrontée politiquement, les tracteurs continueront de rappeler, par à-coups, que nourrir un pays n’est pas un détail et ne devrait pas faire office de variable d’ajustement.