Les organisations syndicales dénoncent un modèle à bout de souffle et réclament une rupture structurelle.
Un marché du travail structurellement discriminant
Le handicap demeure aujourd’hui le premier motif de discrimination en France. Les chiffres sont sans appel : le taux de chômage des personnes en situation de handicap atteint 14 %, contre 8 % pour l’ensemble de la population active. Plus inquiétant encore, six demandeurs d’emploi handicapés sur dix sont en situation de chômage de longue durée. Le temps partiel subi, deux fois plus fréquent que pour le reste des salariés, renforce cette précarité durable.
L’Obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH), fixée à 6 % des effectifs pour les entreprises de plus de 20 salariés, illustre cet échec. Le taux réel d’emploi plafonne à 3,5 % en équivalent temps plein. Exclusions de postes, mécanismes de pondération favorables aux employeurs et accords d’entreprise peu contraignants ont vidé l’obligation de sa portée initiale. Les fonds collectés sont redistribués via l’Agefiph, sans remise en cause du cœur du problème : l’organisation même du travail.
À cette marginalisation s’ajoute celle du « milieu protégé ». Les travailleurs d’ESAT, privés du statut de salarié, perçoivent une rémunération inférieure ou équivalente au SMIC, souvent compensée par l’AAH. En pratique, le système enferme durablement : moins de 0,3 % des travailleurs d’ESAT accèdent chaque année au milieu ordinaire.
Prestations sociales : un filet insuffisant face à la pauvreté
La note de la DREES publiée fin 2025 confirme la montée en charge de l’Allocation aux adultes handicapés. En septembre 2025, 1,38 million de personnes percevaient l’AAH, en hausse de 2,5 % sur un an. La progression concerne principalement les bénéficiaires dont le taux d’incapacité est compris entre 50 % et 79 %, révélant un basculement du handicap vers la précarité durable.
Plus de la moitié des allocataires restent enfermés dans les minima sociaux sur le long terme. Pour les syndicats, cette situation est intenable. FO et la CGT revendiquent une revalorisation immédiate de l’AAH au niveau du SMIC, estimant qu’un minimum social inférieur condamne à la pauvreté et empêche toute autonomie réelle.
Les dysfonctionnements institutionnels aggravent encore cette situation. Les MDPH, saturées, affichent des délais moyens de traitement supérieurs à quatre mois, avec de fortes inégalités territoriales. Quant à la création de la cinquième branche « autonomie » de la Sécurité sociale, elle est vivement contestée : financée principalement par l’impôt, elle dissocie autonomie et santé, au détriment d’une prise en charge globale.
Derrière les chiffres, une question centrale demeure : le handicap est-il un risque social à prendre en charge collectivement ou une variable d’ajustement budgétaire ? Pour les organisations syndicales, l’enjeu est clair : sans transformation profonde du modèle social et du travail, l’égalité des droits restera un principe proclamé, mais jamais pleinement appliqué.