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Par Patrice Bon - Own work, CC0
Haute-Garonne

Fibre Excellence, symbole d’un État qui renonce à produire

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Mise à jour le 13 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Industrie CGT Social Finance

La situation de l’usine de pâte à papier de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, ne peut se réduire au seul débat sur le prix de l’électricité, qui pèse indiscutablement, mais n’est pas le seul facteur des difficultés. Cette crise est avant tout structurelle et stratégique, inscrite dans les logiques profondes du capitalisme mondialisé et de la désindustrialisation progressive du territoire.

Fibre Excellence, implantée depuis 1959 à Saint-Gaudens, traverse une grave crise. Productrice de pâte à papier, l’usine subit les effets combinés de la hausse des prix du bois et de l’électricité, ainsi qu’une concurrence internationale écrasante.

Le marché mondial est dominé par de très grands groupes utilisant des matières premières plus homogènes et plus faciles à exploiter, plaçant l’outil de Saint-Gaudens dans une position structurellement désavantagée. La dépendance à un marché libellé en dollars accentue encore les pertes de compétitivité, avec une monnaie américaine qui, ces derniers mois, a tendance à se déprécier, ce qui favorise les exportations des États-Unis et handicape les nôtres.

Un désengagement de l’actionnaire

Les difficultés du site de Saint-Gaudens tiennent aussi à un désengagement progressif de l’actionnaire, Jackson Wijaya, industriel indonésien, marqué par un sous-investissement chronique et une absence de stratégie industrielle crédible. Le carnet de commandes chute, des marchés importants sont perdus, et les départs de cadres dirigeants traduisent une logique de pression pour obtenir des aides publiques et des abandons de créances.

Selon la CGT, l’usine compte 270 salariés, auxquels s’ajoutent 80 emplois à la SEBSO (Société d’exploitation des bois du Sud-Ouest, filiale du groupe). Au-delà des emplois directs, le site génère plus de 5 000 emplois indirects sur le territoire, ce qui laisse présager des conséquences économiques et sociales lourdes sur l’ensemble du Comminges. La survie de l’usine est donc un enjeu vital pour le bassin commingeois et pour l’économie locale.

Il serait illusoire de croire que l’État ou les collectivités puissent « sauver » l’usine sans un projet industriel solide. Les finances publiques sont contraintes par les budgets d’austérité du gouvernement, et les aides sans contrôle n’ont jamais garanti ni l’emploi ni l’avenir industriel. La responsabilité publique exige de protéger les salariés et d’anticiper l’avenir de Fibre Excellence, en préparant une stratégie de filière viable, voire, à défaut, des pistes de reconversion et de diversification économique.

Rompre avec le bradage industriel et changer de cap politique

La crise de Saint-Gaudens illustre le bradage industriel de la France par un État au service exclusif de financiers peu enclins à développer l’outil productif. Chaque gouvernement, y compris les gouvernements macronistes, a laissé la priorité aux marchés financiers plutôt qu’à l’industrie et à l’emploi.

Pour inverser cette dynamique, une transformation politique est indispensable : placer au centre le travail, l’industrie et la production, conditionner les aides publiques, mobiliser l’argent pour l’investissement productif et mettre en œuvre une planification stratégique avec des objectifs précis de production et de nouveaux droits pour les salariés. Cette stratégie doit s’inscrire dans des coopérations européennes et internationales, afin de soutenir chacune de nos filières et de garantir la souveraineté industrielle de la France.

L’avenir industriel ne se construira ni par la résignation ni par des aides ponctuelles, mais par la mobilisation des travailleurs, des collectivités et des territoires, avec des politiques publiques ambitieuses, afin que la pâte à papier, comme d’autres industries essentielles, puisse continuer à vivre, à produire et à générer des emplois durables dans nos régions.

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