Liberté Actus
qrcode:https://liberteactus.c-real.org/1877

Cet article est lisible à cette adresse sur le site Liberté Actus :

https://https://liberteactus.c-real.org/1877

Flachez le qrcode suivant pour retrouver l'article en ligne

jianqing diao/shutterstock
Hagondange

Avec Novasco, la sidérurgie lorraine à nouveau en sursis

Accès sur connexion
Temps de lecture : 3 minutes

Mots -clé

Industrie Sidérurgie CGT Emploi

À Hagondange, la sidérurgie française est à nouveau en sursis. L’aciérie électrique du groupe Novasco, ex-Ascometal, pourrait fermer d’ici quelques jours, faute de repreneur. Les 450 salariés du site mosellan vivent dans l’angoisse d’une liquidation judiciaire qui serait prononcée le 31 octobre par le tribunal de Strasbourg.

Un drame social, industriel et politique, qui cristallise les errements d’une stratégie industrielle déléguée aux fonds d’investissement.

L’argent public sans contrôle, la colère ouvrière en retour

Reprise en 2024 par le britannique Greybull Capital, Novasco devait être le symbole d’une relance industrielle appuyée par l’État. Sur les 175 millions d’euros promis, l’État a tenu parole — 85 millions versés —, tandis que Greybull n’a injecté que… 1,5 million. À peine de quoi financer un mois de salaires. Depuis, l’entreprise a accumulé les coups durs : accident industriel, effondrement du marché automobile, difficultés d’approvisionnement énergétique. L’été dernier, le redressement judiciaire était acté. Depuis, les promesses se sont évaporées.

L’espoir d’une reprise s’était un temps incarné dans le groupe Métal Blanc, qui envisageait de reprendre l’ensemble des quatre sites du groupe. Mais lundi, l’entreprise ardennaise s’est retirée, évoquant des « conditions économiques défavorables » et des « incertitudes sur le coût de l’énergie ». Résultat : aucune offre ne concerne le site d’Hagondange, pourtant cœur historique de la production d’aciers spéciaux français. Les trois autres usines – Leffrinckoucke, Custines et Saint-Étienne – intéressent encore Europlasma, mais sans leur aciérie-mère, la chaîne industrielle risque de se briser.

Sur le terrain, la colère est à la hauteur de la détresse. Devant la préfecture de Metz, sur l’A31 ou à l’entrée de l’usine, les salariés multiplient les actions. « Nous ne laisserons pas tomber un outil capable de produire de l’acier décarboné en France », martèle Stéphane Fantoni, délégué CGT. Pour le syndicat, l’État porte une responsabilité directe : avoir injecté des millions sans contrôle, sans garantie industrielle, ni exigence d’investissement réel.

« C’est le grand gâchis des aides publiques », dénonce la CGT Moselle, qui appelle à un plan de sauvegarde national et à une intervention publique directe, y compris sous forme de nationalisation temporaire.

Un outil stratégique promis à la casse

Car Hagondange n’est pas une usine obsolète. Son four électrique, ses lignes de laminage et de traitement thermique figurent parmi les plus performants d’Europe pour la production d’aciers spéciaux. L’aciérie fournit aussi bien l’automobile que la défense, et dispose d’un laboratoire accrédité ISO pour le contrôle métallurgique. Autrement dit, tout ce que la France prétend vouloir défendre : un savoir-faire, une souveraineté industrielle, une production bas-carbone.

Mais dans la vallée de l’Orne, les mots ne fondent pas l’acier. Sans décision politique rapide, Hagondange rejoindra la longue liste des sites sacrifiés sur l’autel de la rentabilité financière.

Les ouvriers, eux, continuent de se battre, conscients que derrière les fours éteints, c’est un pan entier de la dignité ouvrière et de l’histoire industrielle française qui risque de disparaître.

Message d'abonnement

Ces articles peuvent vous intéresser :

Liquidation Ziegler emporte plus de 1 400 salariés dans sa chute

La liquidation de Ziegler France provoque une secousse dans toute la région Hauts-de-France. Autour des salariés menacés, syndicats et élus se mobilisent, tandis que sur le terrain, notamment à Bapaume, des entreprises locales jusque-là prospères se retrouvent entraînées dans un tourbillon dont elles ne maîtrisaient ni les causes ni l’issue.

Soutenez-nous

Faire un don

En 2024, nous avons bâti un journal unique où les analyses se mêlent à l’actualité, où le récit se mêle au reportage, où la culture se mêle aux questions industrielles et internationales. Faites un don pour continuer l’aventure.