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Traitement des données

Après Capgemini, les sociétés de traitement de données dans la tourmente

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Mise à jour le 13 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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États-Unis CGT Social Intelligence artificielle

Les grandes sociétés de services numériques (ESN) occupent désormais une place centrale dans le fonctionnement des États, des administrations et des grandes entreprises. En traitant et en exploitant des volumes massifs de données, elles influencent directement des politiques publiques sensibles et les transformations du travail.

Cette position stratégique pose une question de fond : quel contrôle démocratique sur des acteurs privés dont les outils peuvent affecter à la fois les libertés publiques et les droits sociaux ?

Le cas Capgemini–ICE

Les récentes révélations concernant Capgemini ont mis en lumière les risques liés à cette concentration de pouvoir technologique. Sa filiale américaine a travaillé pour l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale chargée de la politique migratoire des États-Unis, en fournissant des outils d’identification et de localisation de personnes étrangères.

Face au tollé suscité, le groupe a annoncé la mise en vente de la filiale concernée, invoquant l’impossibilité d’exercer un contrôle suffisant sur certaines activités classifiées et soulignant le poids marginal de cette filiale dans son chiffre d’affaires. Cette réponse n’efface cependant pas l’essentiel : des contrats sensibles ont été signés sans véritable transparence, et des technologies développées par une entreprise française ont pu être utilisées au service de pratiques portant atteinte aux droits fondamentaux.

La situation chez Sopra Steria

Cette question éthique se retrouve, sous une autre forme, dans le champ social. Chez Sopra Steria, autre acteur majeur du numérique, la stratégie de gestion de l’emploi fait l’objet de fortes critiques syndicales. La CGT Sopra Steria dénonce une politique combinant stagnation salariale, pressions sur les salariés et recours aux départs « volontaires », notamment via des ruptures conventionnelles, qui masquent selon elle une réduction des effectifs sans plan de licenciements assumé.

Le syndicat conteste également l’argument récurrent de l’intelligence artificielle présentée comme une fatalité technologique. Pour la CGT, l’IA relève avant tout de choix stratégiques, utilisés pour justifier des économies sur l’emploi alors même que le groupe conserve une rentabilité élevée et poursuit des politiques favorables aux actionnaires. Elle pointe enfin la dégradation des conditions de travail, l’usure professionnelle — en particulier chez les salariés seniors — et l’insuffisance des garanties réelles en matière de formation et de reconversion.

Au-delà du cas Sopra Steria, ces pratiques constituent une tendance lourde dans les grandes ESN : faire porter sur les salariés le coût des transformations numériques, tout en présentant ces choix comme techniquement inéluctables.

Une même logique, un même problème politique

Qu’il s’agisse de contrats technologiques pouvant alimenter des politiques répressives ou de stratégies sociales fragilisant l’emploi, ces deux situations renvoient à une même logique : des entreprises privées exercent un pouvoir structurant sur la société, tout en se retranchant derrière une prétendue neutralité technologique et des impératifs de marché. Or la technologie n’est jamais neutre ; elle est le produit de choix économiques et politiques, aux conséquences bien réelles pour les individus.

Les cas Capgemini et Sopra Steria montrent que les sociétés de traitement de données ne peuvent plus être considérées comme de simples prestataires techniques. Lorsqu’elles interviennent dans des domaines sensibles — surveillance, identification des personnes, organisation du travail — leurs activités doivent être placées sous un contrôle démocratique effectif.

Transparence des contrats, responsabilité sociale opposable et association des représentants des salariés et de la société civile sont des conditions indispensables pour que la transformation numérique ne se fasse ni contre les libertés publiques, ni contre les droits sociaux.

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