Le ministère assure que « la plateforme fonctionne ». Les chiffres sont brandis chaque année comme un talisman. Deux tiers des candidats auraient une proposition dès les premiers résultats. Près de 92 % des lycéens finiraient par recevoir au moins une offre, mais derrière ces moyennes se cache une réalité bien moins lisse.
Parcoursup est d’abord une machine à stress. Plus de huit candidats sur dix jugent la procédure anxiogène. Listes d’attente interminables, absence de visibilité sur les critères réels de sélection, incertitude prolongée jusqu’à l’été. L’orientation devient un marathon psychologique, où l’on apprend très tôt à intérioriser l’idée que tout ne sera pas possible.
Surtout, Parcoursup entérine et organise les inégalités sociales. Les élèves issus des milieux populaires s’autocensurent davantage, renoncent plus souvent aux formations sélectives et sont pénalisés par des critères qui ne disent pas leur nom. Le lycée d’origine, le type de baccalauréat, la capacité à formuler un « projet motivé » conforme aux attentes jouent à plein. L’opacité demeure, malgré les ajustements cosmétiques. À peine six lycéens sur dix estiment aujourd’hui la procédure transparente.
Les étudiants en réorientation paient eux aussi le prix fort, puisqu’ils sont confrontés à moins de propositions, à davantage de refus et à des parcours hachés. Près de la moitié des titulaires de BTS se retrouvent sans aucune offre. La plateforme, censée fluidifier les parcours, révèle surtout l’échec d’une orientation pensée comme un tri plutôt que comme un droit.
Chaque année, ils sont des dizaines de milliers à rester sans affectation à l’issue de la phase principale. En 2024, plus de 100 000 jeunes se sont retrouvés dans cette situation. Derrière ce chiffre, il y a des trajectoires suspendues, des renoncements, parfois des sorties durables du système.
Les organisations syndicales et de jeunesse ne cessent de le rappeler. Pour la FSU comme pour le Mouvement jeunes communistes de France, Parcoursup n’est pas un simple outil technique, mais un choix politique. Celui d’une sélection sociale assumée, d’un enseignement supérieur sous tension permanente, où la rareté organisée remplace l’égalité d’accès.
Huit ans après sa mise en place, Parcoursup n’aura rien réglé des véritables problèmes. Dans un système saturé, ce ne sont pas les aspirations qui manquent. Ce sont les places.