Les budgets Macron–Lecornu en discussion au Parlement annoncent un durcissement sans précédent pour la Sécurité sociale et les services publics, et l’enseignement supérieur n’y échappe pas. Point d’indice gelé, postes non remplacés, grilles salariales stagnantes, primes bloquées, protection sociale complémentaire non financée : les universités cumulent les injonctions d’économies.
Un système à bout de souffle sous l’effet des coupes nationales
En dix ans, le nombre d’étudiants a augmenté de 20 % sans équivalent en créations de postes. Résultat : une précarité endémique, proche de 38 % en 2023 hors vacataires, selon les données ministérielles. Plusieurs établissements se retrouvent aujourd’hui en déficit technique ou à la limite de la rupture.
Dans ce climat, certains choix budgétaires font exploser les tensions. À Grenoble, l’Université Grenoble Alpes (UGA) a tenté d’imposer des frais d’inscription allant jusqu’à 6 000 € pour l’école d’ingénieurs INP Grenoble, avant de reculer face à la mobilisation. La direction évoquait un « budget intenable », symptôme récurrent dans un paysage universitaire soumis à des obligations nouvelles sans compensation par l’État.
À Paris 1, la fin des exonérations pour les étudiants étrangers met le feu aux poudres
Le cœur de la contestation se déplace désormais vers Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le conseil d’administration a décidé d’appliquer strictement les droits différenciés instaurés en 2019 par l’opération gouvernementale « Bienvenue en France » : 2 895 € pour une licence, 3 941 € pour un master pour les étudiants extracommunautaires. Après plusieurs années durant lesquelles l’université avait choisi d’exonérer massivement ces publics, la direction invoque désormais un impératif « de survie budgétaire ».
La suppression des exonérations ne frappe pas seulement les étudiants internationaux. Paris 1 envisage également de mettre fin à celles accordées aux doctorants contractuels et aux ATER, pourtant agents de l’établissement et bénéficiaires d’un acquis obtenu par la grève. Pour les syndicats, ce basculement symbolise une dérive assumée : faire payer la crise aux étudiants.
La contestation est immédiate : une pétition rassemblant 2 400 étudiants et 460 personnels s’oppose à « toute hausse des frais d’inscription » et dénonce une politique qui « exclut les plus fragiles ». Les organisations syndicales dénoncent aussi les méthodes : séances en visioconférence, interventions policières, communication accusatoire de la direction.
Pour la CGT FERC Sup, « celles et ceux qui étranglent le service public de l’ESR » prennent prétexte de l’autonomie pour transférer le coût de l’austérité vers les usagers. Ce que Paris 1 impose aujourd’hui, affirment-ils, pourrait devenir demain la norme nationale, dans un système poussant les établissements au « sale boulot ».
Les droits différenciés « Bienvenue en France » en bref
- Mis en place en 2019 par Frédérique Vidal.
- Frais multipliés par 16 pour les étudiants hors UE (2 770 € licence, 3 770 € master, montants réévalués ensuite).
- Objectif affiché : attirer les étudiants internationaux « à haut potentiel » et financer leur accueil.
- Dans les faits, plus de la moitié des universités avaient décidé d’exonérer tout ou partie des étudiants étrangers pour éviter une baisse massive des inscriptions.
- Plusieurs établissements, désormais étranglés financièrement, reviennent sur ces exonérations.