Entre contraintes budgétaires, sécurité des données, accès universel et choix technologiques sous pression, l’établissement avance dans un climat difficile.
Un établissement qui modernise malgré les injonctions contradictoires de l’État
Le Schéma Directeur Numérique (SDN, c’est-à-dire le plan de modernisation informatique 2025-2029) trace une feuille de route claire : rationaliser les logiciels, sécuriser les données, dématérialiser toutes les démarches administratives et rendre le campus plus sobre et plus efficace. Derrière ces choix techniques, il y a un débat hautement politique : faut-il continuer à utiliser des solutions américaines comme Microsoft 365, soumises au Cloud Act et au FISA (lois permettant aux autorités américaines d’accéder à des données même stockées en Europe), ou basculer vers des solutions françaises respectueuses du RGPD (loi européenne de protection des données) ?
Le retrait spectaculaire de l’École Polytechnique de Microsoft 365, poussé par le CNLL (Conseil National du Logiciel Libre), montre que la question n’est plus théorique. C’est une bataille pour la maîtrise des données scientifiques et stratégiques. Bordeaux INP avance donc dans un environnement où la souveraineté numérique devient un enjeu institutionnel à part entière.
Budget contraint mais ambitions maintenues
Avec un budget 2025 stabilisé à 31 M€, Bordeaux INP affronte l’inflation, la hausse du coût de l’énergie et une baisse des recettes propres. Pourtant, l’établissement maintient un Plan Pluriannuel d’Investissement (PPI) de 13,7 M€ pour rénover l’immobilier, renforcer la sécurité, financer le numérique et accélérer la transition écologique.
La restructuration de l’ENSTBB (école de biotechnologies), financée à 95 % par la Région, illustre cette stratégie volontariste. Le numérique bénéficie également d’une enveloppe dédiée pour moderniser le SI (Système d’Information) : remplacement d’Apogée par PEGASE (nouveau logiciel de scolarité), création d’une chaîne complète de signature électronique, développement d’une GED (Gestion Électronique de Documents) et déploiement de bureaux virtuels sécurisés (VDI).
Comme dans tout l’enseignement supérieur, la logique de financement par projets – notamment via des AMI (Appels à Manifestation d’Intérêt) ou France 2030 – impose une concurrence accrue entre établissements, là où la dotation publique ne suit plus.
Sur le plan pédagogique, les projets financés – robotique, réalité virtuelle, microcontrôleurs low-power – renouvellent les méthodes d’apprentissage. Côté recherche, Bordeaux INP soutient des projets stratégiques : lutte contre le glioblastome (projet THERAGLIO), polymères biosourcés ferroélectriques (FerroBio) ou matériaux pour réseaux de chaleur (ISM).
Enfin, la politique internationale s’élargit : accords avec la HUST (Chine), KMUTNB (Thaïlande), HCMUT (Vietnam), UFRN (Brésil) ou VCU (États-Unis), autrement dit une stratégie d’ouverture qui renforce l’influence scientifique de l’établissement.