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L'État met les centres sociaux en danger

À Saint-Martin-Boulogne, le centre Bellidée lutte contre la désespérance

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Luttes Santé Social

Le mouvement associatif français a massivement manifesté son désarroi, le 11 octobre dernier, dans de nombreuses villes. Il alerte sur la chute dramatique de ses moyens financiers. Parmi les structures concernées : les centres sociaux. Regard sur l’un d’entre eux, dans le Boulonnais.

« On nous demande toujours plus avec moins. Il y a l’inflation des charges, des financements instables, des appels à projets au goutte-à-goutte… ». Éric Martin, directeur général du centre Bellidée, à Saint-Martin-Boulogne, dans le Pas-de-Calais, vit difficilement le sort qui est fait à l’association. Il craint pour l’impact sur les habitants. Bellidée est un centre social éclaté (CSE), une association de développement social.

Parmi les projets : la Santé publique

Les centres sociaux ou socioculturels sont des associations de développement social, agréés par la Caisse d’allocations familiales qui leur accorde des financements comme les collectivités et les programmes nationaux et européens. Ils travaillent avec les CCAS mais aussi avec tout ce qui fait la vie locale, et favorisent l’émergence de solutions, portées par les habitants pour répondre aux besoins de la population. Ils sont ouverts à chacun quel que soit son statut social et ses revenus.

Près de cinq millions de personnes fréquentent les centres sociaux. Ces structures (2 300 en France, 61 800 salariés) assurent un accueil inconditionnel, accompagnent les actions citoyennes, appuient les innovations sociales.

Saint-Martin est une petite commune adjacente à Boulogne-sur-Mer. Elle compte 11 036 habitants et Bellidée rayonne auprès de 13 000 personnes. C’est dire son attractivité. « La population est fort impliquée dans nos trois Maisons des quartiers Centre, Ostrohove et Marlborough », explique Éric Martin. « Nous employons une centaine de salariés et nous comptons des centaines de bénévoles. Ils animent les crèches, relais Petite Enfance, les accueils de Loisirs, les activités familiales, les ateliers pour tous les âges, le café associatif “Le Nid”... On fait du sport et de la remise en forme adaptée, de la danse, de l’informatique, des repas en commun. On aide à la préparation des dossiers sociaux et de retraite ; on travaille avec l’Éducation nationale, nous sommes engagés dans des programmes comme Erasmus ; une bricothèque va voir le jour à Marlborough… »

Bellidée travaille aussi de concert avec les associations locales et accompagne les projets « citoyens » comme « Santé-vous bien ! » où des professionnels de la santé et des habitants ont analysé l’état de santé de la population sur leurs secteurs, recensé les besoins et avancé des propositions.

Une opération aura lieu le 15 novembre de 10 h 30 à 18h au Carré Sam, un espace de spectacle situé dans le quartier du Chemin Vert de Boulogne.

L’État ne tient pas ses engagements

Que manque-t-il donc aux militants associatifs de Bellidée pour être heureux ? « 1 million ! répond Éric Martin. C’est la somme que nous doivent les services liés à l’État. Notre budget est de 4 millions 200 000 euros. Heureusement, il y a les financements des collectivités du Boulonnais qui ne baissent pas. Mais les financements d’État ont chuté de 50%. S’ajoutent à cela 200 000 euros d’augmentation des charges, l’augmentation des salaires que nous supportons ; l’augmentation de la précarité de la population qui impose d’accroître nos actions. Certaines, comme la création du café associatif, sont brutalement privées de subventions et les contraintes administratives sont de plus en plus lourdes. Face à ces manques nous ne générons que 80 000 euros de bénéfices grâce à nos actions et aux adhésions. Nous nous en tenons à une adhésion par famille de 5 euros par an. Notre objectif n’est pas de faire des profits sur le dos des habitants de nos quartiers classés “prioritaires” ».

Un espoir, la lutte collective

Comment tenir et répondre aux besoins grandissants ? « Il y a les bénévoles et des salariés engagés... Ici, on n’a pas encore de crise du bénévolat, mais on sent venir un essoufflement et nos salariés sont épuisés. Pour l’instant on comble comme on peut. Sans ces efforts, les enfants ne seraient pas partis en colonie de vacances cet été, l’État nous ayant privé de 50% de subventions. »

La menace est pressante. «  On nous demande de proposer nos projets six mois ou un an avant leur mise en œuvre, mais les financements d’État tombent le 15 juillet alors que les actions sont engagées et les salaires payés depuis le 1er janvier ! Je me demande comment réussir à financer actions et salaires à partir de juin 2026 ».

Une lueur d’espoir quand même, « pour la première fois le mouvement associatif a redressé la tête. Ça reste insuffisant ; il faudra plus qu’une manif pour faire bouger le gouvernement et notre mouvement n’a pas la pratique du combat revendicatif. Mais on ne baissera pas les bras ! »

Un nouvel espace de lutte pour le progrès social qui s’ouvre et devrait interpeller les associations, syndicats et partis progressistes.

L’État étouffe les associations

  • 1,5 million d’associations, 20 millions de bénévoles et 1,9 million de salariés.
  • 41% : entre 2005 et 2020 c’est la baisse de la part des subventions publiques dans le budget des associations.
  • 3 mois : la trésorerie de près du tiers des associations.
  • 69 % des associations employeuses déclarent que le montant de leurs fonds propres en mars 2025 est fragile ou nul.
  • 28% des associations déclarent diminuer leurs activités, 18 % ne remplacent pas les départs de leurs employés.
  • 16% d’entre elles annulent ou retardent leurs recrutements et 8% pensent à entamer un plan de sauvegarde avant que les coupes budgétaires ne produisent leur effet.
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