Interrogé hier matin sur France Inter, avant de partir pour deux jours de visite en Algérie, Laurent Nuñez est demeuré très vague sur les questions qui seront abordées et sur une rencontre éventuelle avec le président Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier avait accordé une audience il y a quelques jours à Ségolène Royal, présidente de l’association d’amitié France-Algérie et pour autant non représentante du gouvernement français. Ce lundi matin, le ministre de l’Intérieur ne semblait pas croire qu’il serait reçu par le président algérien. L’échec de la méthode Retailleau Néanmoins, son voyage représente un pas important dans le conflit diplomatique ouvert depuis la reconnaissance, en octobre 2024 par Emmanuel Macron, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les relations entre les deux pays s’étaient encore aggravées avec l’arrestation de l’écrivain, alors franco-algérien, Boualem Sansal [1] (en novembre 2024), l’expulsion de part et d’autre de personnels d’ambassade, la condamnation à 7 ans d’emprisonnement ferme, en décembre dernier, du journaliste français Christophe Gleizes et la question…France Inter, avant de partir pour deux jours de visite en Algérie, Laurent Nuñez est demeuré très vague sur les questions qui seront abordées et sur une rencontre éventuelle avec le président Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier avait accordé une audience il y a quelques jours à Ségolène Royal, présidente de l’association d’amitié France-Algérie et pour autant non représentante du gouvernement français. Ce lundi matin, le ministre de l’Intérieur ne semblait pas croire qu’il serait reçu par le président algérien.
L’échec de la méthode Retailleau
Néanmoins, son voyage représente un pas important dans le conflit diplomatique ouvert depuis la reconnaissance, en octobre 2024 par Emmanuel Macron, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les relations entre les deux pays s’étaient encore aggravées avec l’arrestation de l’écrivain, alors franco-algérien, Boualem Sansal [1] (en novembre 2024), l’expulsion de part et d’autre de personnels d’ambassade, la condamnation à 7 ans d’emprisonnement ferme, en décembre dernier, du journaliste français Christophe Gleizes et la question des « OQTF », les Algériens sous obligation de quitter le territoire et que l’Algérie ne voulait pas recevoir.
Le prédécesseur de Laurent Nuñez, Bruno Retailleau, n’avait fait que mettre de l’huile sur le feu en montrant une fermeté et une intransigeance très dure sur cette question des OQTF. Lorsqu’il l’a remplacé place de Beauvau, Laurent Nuñez avait annoncé son intention de se rendre en Algérie. Un projet que le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf avait plutôt vu d’un bon œil.
Finalement, il aura fallu quatre mois de préparatifs pour que Saïd Sayoud invite et reçoive le ministre français. La question sécuritaire sera évidemment au cœur de la rencontre des deux hommes. Les deux pays ont à l’évidence envie de reprendre langue en réglant ce problème. Le cas du journaliste Christophe Gleizes sera sans doute abordé, mais il ne dépend pas des deux ministres. Seule lueur d’espoir, pour obtenir sa libération et son retour en France : à la suite de la visite de Ségolène Royal, il a quitté sa cellule de Tizi Ouzou pour être incarcéré près d’Alger, facilitant ainsi les visites de son avocat et de sa famille.
En tout cas, insiste le journal numérique algérien TSA, le ministre français aurait « renoncé à ses conditions » réitérées le 9 février. Cette fois, affirme le journal, repris par le quotidien El Watan, « aucun préalable ni conditions n’ont été posés » par la France. On notera, s’agissant de Christophe Gleizes, que son nom est à présent cité dans la presse algérienne.
Pour le chercheur Adlene Mohammedi, qui s’exprimait ce 16 février sur France 24, ce voyage montre l’échec de la méthode Retailleau. Il explique que la « différence majeure » entre MM. Nuñez et Retailleau est que « Laurent Nuñez est un technicien des questions de sécurité, ancien directeur de la DGSI (sécurité intérieure), ancien coordinateur de la lutte antiterroriste. Il n’a pas d’ambition politique et ne fait pas d’électoralisme. Ce qui l’intéresse, c’est la reprise du dialogue sécuritaire, essentiel entre les deux pays depuis les années 90 ».
Le patronat français au taquet
Dans cette probable reprise de dialogue, il faut voir aussi les attentes du patronat français. Ce mardi, une réunion du Conseil d’entreprises France-Algérie doit se tenir autour de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet. Il faut se souvenir que ce dernier avait été déclaré persona non grata par les autorités algériennes lorsque, le 22 janvier dernier sur France 2, il avait tenu des propos jugés mensongers par Alger et concernant un opposant algérien.
Quoi qu’il en soit, les milieux économiques français ont bien l’intention de profiter de la reprise des relations bilatérales, fussent-elles encore fragiles. La réunion des patrons français doit être présidée par Yannick Morillon, directeur général (CEO) du groupe Catering International & Services (CIS), un intégrateur de services international.