L’État se félicite des centaines de milliers de dossiers validés, mais cette massification n’est qu’un trompe-l’œil. Plus de 70 % des travaux financés sont de simples changements de chauffage : un effet d’annonce qui n’améliore ni l’isolation ni la performance réelle des logements. Les rénovations globales, pourtant indispensables aux objectifs climatiques, restent marginales.
MaPrimeRénov’, le miroir aux alouettes
Le ciblage social existe, mais il est vidé de son sens. Les restes à charge explosent, dépassant 47 % pour les très modestes. Beaucoup renoncent, d’autres s’endettent. À cela s’ajoutent plateformes défaillantes, dossiers bloqués, délais interminables. Une politique qui prétend protéger les plus vulnérables, mais qui les laisse seuls dans un labyrinthe administratif.
Les CEE ont longtemps joué un rôle redistributif clair : les plus aisés contribuaient davantage, les plus modestes bénéficiaient des aides. Depuis 2022, cette progressivité se délite. La fin des dispositifs « précarité » pour une partie des ménages modestes et la répercussion accrue du coût sur les factures énergétiques renversent l’équilibre. Les classes populaires et moyennes contribuent désormais plus qu’elles ne reçoivent. Ce virage n’est pas une fatalité technique, mais un choix politique : alléger la charge des fournisseurs, tout en transférant le poids du financement de la transition vers les ménages.
Les acteurs sociaux en dernier rempart
Face à un État qui proclame la transition mais ne l’accompagne pas, ce sont les Régies, associations et médiateurs qui assurent la cohésion entre diagnostics, prévention des coupures, aide administrative et ateliers d’éco-gestes. Sans eux, la politique nationale révélerait son échec total. La rénovation énergétique, telle qu’elle est menée, n’est pas une transition juste, c’est une politique d’affichage qui laisse les plus modestes porter le coût d’une transformation que l’État refuse de financer réellement.