Mais à force de se répéter, ces débats ressemblent de plus en plus à un exercice formel. Arbitrages, coupes, hausses d’impôts, déficit, règles européennes… et l’on recommence. Sur les bancs de la droite, le discours est rodé. Respect des règles européennes, réduction des dépenses publiques, liberté totale pour les entreprises – les grandes, surtout. À l’extrême droite, c’est ce qu’il convient d’appeler un joyeux bordel. Empêtrées dans leurs contradictions, ils peuvent voter, dans la même journée, tout et son contraire. À gauche, chacun s’entend pour préserver le minimum du minimum, conscients que beaucoup de Français n’ont plus que cela. Services publics et taxation des grandes fortunes font l’unanimité. Mais lorsque l’on va au fond des choses, c’est une autre affaire. Pensons aux Verts qui proposaient, par exemple, d’augmenter la contribution de la France à l’Union européenne de 5,7 milliards. On mesure l’ampleur du désaccord. Notons le peu d’importance que nos députés semblent porter à nos créanciers. « Dans les données budgétaires disponibles à ce jour, on apprend que notre pays va emprunter aux marchés financiers en 2026 la coquette somme de 310 milliards…
Sur les bancs de la droite, le discours est rodé. Respect des règles européennes, réduction des dépenses publiques, liberté totale pour les entreprises – les grandes, surtout. À l’extrême droite, c’est ce qu’il convient d’appeler un joyeux bordel. Empêtrées dans leurs contradictions, ils peuvent voter, dans la même journée, tout et son contraire.
À gauche, chacun s’entend pour préserver le minimum du minimum, conscients que beaucoup de Français n’ont plus que cela. Services publics et taxation des grandes fortunes font l’unanimité. Mais lorsque l’on va au fond des choses, c’est une autre affaire. Pensons aux Verts qui proposaient, par exemple, d’augmenter la contribution de la France à l’Union européenne de 5,7 milliards. On mesure l’ampleur du désaccord.
Notons le peu d’importance que nos députés semblent porter à nos créanciers. « Dans les données budgétaires disponibles à ce jour, on apprend que notre pays va emprunter aux marchés financiers en 2026 la coquette somme de 310 milliards d’euros » prévenait Éric Bocquet dans nos colonnes. Les intérêts de la dette s’apprêtent à devenir le premier poste de dépense de la nation. Plus de la moitié de cette dette est détenue par des investisseurs étrangers.
Dès lors, les discussions se transforment en « sauve-qui-peut » permanent. Un débat de gestion sous la contrainte. Beaucoup s’en accommodent et n’y voient qu’une « mauvaise passe » que l’on pourrait régler à coup d’austérité pour les Français. « Accepter de faire des efforts » disent-ils la bouche en cœur.
Quoi qu’il en soit, c’est passé pour cette fois et, au fond, ça déleste tout le monde d’un poids énorme. Jusqu’au prochain budget. Et le suivant.
Mais l’essentiel est ailleurs. On ne rééquilibre pas durablement un budget en compressant les dépenses. On le rééquilibre en élargissant la base productive qui le finance. Emmanuel Todd rappelait récemment que, « si l’on rapporte le déficit au PIB, on parle de 5 %. Mais rapporté au budget lui-même, on approche les 15 %. » Ce n’est pas donc une simple dérive comptable mais bien le symptôme d’un déséquilibre structurel, fruit de décennies de désindustrialisation et d’abandon productif.
À mesure que la base industrielle s’est rétrécie, le budget s’est transformé en exercice de répartition de la pénurie. Les débats ne portent plus sur la création de richesse réelle, mais sur la manière de distribuer un gâteau qui diminue. Dans l’affaire, quelques-uns s’en sont bien mis dans les fouilles et prospèrent dans la sphère financière, convaincus que l’on peut créer de la valeur sans produire.
Sans relance industrielle, sans maîtrise des secteurs stratégiques, sans reconquête des capacités technologiques, aucun équilibre budgétaire durable ne sera possible. Ça ne suffira certainement pas, mais ce serait déjà un bon début.