« Nous optons pour un commerce juste plutôt que des droits de douane, pour un partenariat productif à long terme plutôt que l’isolement », a déclaré la présidente de la Commission européenne, peu avant la signature. Étonnante déclaration de la part de celle qui se montre si prompte à ériger des barrières douanières ailleurs. Le libre-échange, décidément, n’est jamais qu’une variable d’ajustement.
Un traité pensé pour un monde qui n’existe plus
L’Union européenne est fondée sur le monde d’hier. Les vieux schémas dominent encore. Et la France, une fois de plus, brille par son isolement et son incapacité à se faire respecter. Comme sur tant d’autres dossiers, elle n’a plus qu’à compter les pertes.
Lorsque le dossier du « Mercosur » apparaît pour la première fois, en 1999, Bill Clinton est à la Maison-Blanche, le Fonds monétaire international est tout-puissant et, en France, socialistes et droites confondues théorisent une « France sans usine ». On est alors très loin, très loin des conditions actuelles.
La crise de 2008, venue des États-Unis, a durablement discrédité le dollar et la finance occidentale aux yeux du monde. La désindustrialisation – et avec elle le chômage de masse – a gangrené tout l’Occident ou presque. Et dans ce que l’on appelait, avec un brin de curiosité, les « pays en développement », d’autres certitudes se sont imposées.
Agriculture sacrifiée et industrie fantasmée
Tout cela a son importance. On sait que les éleveurs français sont en tête de la contestation. Qu’avec raison, ils regrettent que soit ouvert en grand le marché à de grands producteurs de viande (Argentine et Brésil en tête) qui ne respectent pas les mêmes normes de production sur leur sol. L’utilisation d’antibiotiques et de pesticides, la traçabilité, les conditions d’élevage, tout concourt à rendre inégalitaires les échanges prévus.
Mais la Commission européenne persiste et signe. Elle promet que, finalement, si l’on pèse le pour et le contre, c’est un bon accord pour nos industriels. Elle en veut pour preuve les exportations possibles dans l’automobile et la sidérurgie ; tout pour faire plaisir à l’Allemagne. Mais ça ne colle pas. Cet argument fait fi des réalités.
D’abord parce que le « terrain » est déjà pris. Les pays membres du Mercosur n’ont pas l’intention d’être de simples débouchés pour une industrie européenne en crise. Ils ont, et c’est tout à leur honneur, une grande ambition en matière de développement industriel. Et sur ce plan, de bonnes relations avec la Chine sont bien plus importantes pour eux.
L’Amérique du Sud regarde ailleurs
À Iracemápolis, dans le sud-est brésilien, le groupe automobile chinois GWM a racheté en 2021 une ancienne usine Mercedes-Benz. D’une capacité de 100 000 unités annuelles, elle crée 2 000 emplois directs. L’entreprise promet déjà la construction d’une deuxième usine, après une hausse des ventes de 154 %. Même dynamique du côté de BYD, leader mondial des véhicules électriques.
En pratique, une part importante du marché sud-américain reste couverte par l’assemblage local et des chaînes de valeur régionalisées. Il faudra donc, à rebours de ce que prévoit l’accord signé hier, investir des capitaux directement sur le continent. On est loin, là aussi, des bénéfices à l’exportation vantés par Ursula von der Leyen.
C’est d’ailleurs ce qu’a entamé Renault, en investissant 3,8 milliards de réals (environ 620 millions d’euros) au Brésil, en partenariat avec le constructeur chinois Geely, pour développer deux nouveaux modèles de voitures électriques et hybrides.