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Richard Whitcombe/shutterstock
Oligopole néerlandais

Quand cinq géants confisquent et vident la mer

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Union européenne Pêche Pays-Bas

Au moment où l’UE s’apprête à fixer les quotas 2026, une scène insupportable se répète sur nos côtes : des navires-usines de 140 mètres qui aspirent la vie marine comme on vide un grenier, laissant derrière eux colère, impuissance et villages de pêche amputés de leur avenir.

Face à eux, cinq groupes néerlandais règnent sur les quotas, les subventions et même le rythme du débat public. La mer, bien commun, devient leur terrain privé.

Le Maartje Theadora, la machine qui avale la mer

Pour les pêcheurs artisans du Nord, l’arrivée du Maartje Theadora n’est pas un simple fait de mer. C’est un choc physique. Quand ce géant de 140 mètres se profile à l’horizon, c’est comme si l’on voyait une usine flottante venir pomper leur gagne-pain en silence, sans un regard, sans un scrupule.

Ils le disent sans fard : « On ne pêche plus, on ramasse les miettes après son passage. » Et comment pourrait-il en être autrement ? En 2008, ce seul navire a pris plus de 42 000 tonnes en 207 jours. Une quantité qui, pour des centaines de petits bateaux, représente un an de travail, de nuits glaciales, de risques et de fatigue.

Le 18 décembre 2024, la justice a encore confirmé l’évidence : pêche illégale, journaux de bord falsifiés, 580 000 euros d’amende. Une sanction dérisoire au regard de la puissance du groupe P&P (Parlevliet & Van der Plas), comme une tape sur la coque d’un mastodonte qui repart aussitôt chaluter derrière la ligne d’horizon.

Sur notre littoral Manche – mer du Nord, la colère se mêle à un sentiment d’injustice. Comment accepter que des navires-usines opèrent presque au pied des phares, parfois jusqu’aux limites d’aires dites « protégées », pendant que les pêcheurs locaux vivent chaque marée comme une survie ?

Les « Big Five », une mainmise qui étouffe tout un littoral

Derrière ces géants des mers se trouve un oligopole qui écrase tout : P&P (Parlevliet & Van der Plas), Cornelis Vrolijk, Van der Zwan, Alda Seafood et la famille De Boer. Cinq groupes capables de peser sur les quotas, d’éparpiller leurs filiales dans plusieurs pays, d’acheter des droits de pêche comme d’autres achètent des places de parking.

Pour les pêcheurs artisans, c’est une dépossession. Parce que les quotas, bien que définis par l’Union européenne, sont distribués dans une opacité qui favorise les puissants. Parce que les subventions publiques pleuvent sur ceux qui ont déjà tout. Parce que ces groupes maîtrisent le langage des technocraties, celui des couloirs de Bruxelles où se dessinent les TAC (Totaux admissibles de captures) de l’année suivante.

Dans cette bataille asymétrique, l’émotion est tangible. Les pêcheurs voient leurs enfants quitter la mer faute d’avenir. Les stocks s’effondrent : le CIEM (Conseil international pour l’exploration de la mer) recommande une baisse de 77 % des captures de maquereau en 2026. Et les petits bateaux sont les premiers à payer l’addition d’un modèle industriel qui, campagne après campagne, vide les bancs avant même que les poissons n’aient eu le temps de revenir.

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