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Charles Bowman/shutterstock
Union européenne

Le coup de force silencieux de la Commission sur les pesticides

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Mise à jour le 12 décembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Union européenne Environnement Agroalimentaire

Ce 10 décembre, la Commission européenne a présenté son règlement « Omnibus VII », censé simplifier la sécurité alimentaire. En réalité, préviennent de nombreuses organisations, ce texte organiserait un recul réglementaire sans précédent : suppression du réexamen périodique des substances, autorisations illimitées, allongement des périodes de grâce…

Pour les ONG, c’est un retour en arrière de trente ans, au bénéfice pur et simple de l’industrie agrochimique et au détriment de la santé publique, de la biodiversité et de la transparence démocratique.

Un dispositif technique qui masque une dérégulation massive

Derrière l’apparente technicité de l’« Omnibus Alimentation et Alimentation animale », se cache une modification fondamentale du droit européen des pesticides. Aujourd’hui, chaque substance active doit être réévaluée tous les dix à quinze ans, à la lumière des nouvelles données scientifiques. Ce mécanisme, laborieux mais crucial, a permis d’éliminer du marché des produits désormais reconnus dangereux : chlorpyrifos (neurotoxique), mancozèbe (toxique pour la reproduction), plusieurs néonicotinoïdes responsables de l’effondrement des pollinisateurs. L’Omnibus ferait sauter ce verrou. Plus de 90 % des substances actuellement autorisées deviendraient « illimitées », échappant à toute remise en question future.

La Commission justifie cette transformation par le besoin de « simplification » et d’ « efficacité administrative ». Mais pour les ONG, la réalité est limpide : Bruxelles offre un cadeau politique aux fabricants de pesticides, qui n’auraient plus à craindre les évolutions de la science ni les campagnes citoyennes. En parallèle, l’Omnibus faciliterait l’extension d’usage des produits chimiques et allongerait les délais permettant d’écouler des substances prohibées. Le principe de précaution, pierre angulaire du droit européen, serait réduit à une peau de chagrin.

Un choc pour la santé publique et la biodiversité

Sans mise à jour régulière des évaluations, aucune découverte scientifique ultérieure — perturbateurs endocriniens, effets cocktail, impacts sur la fertilité, sur les cancers pédiatriques ou sur les pollinisateurs — ne pourra justifier une révision automatique d’autorisation. Les citoyens seraient donc exposés à des substances potentiellement dangereuses durant des décennies.

Ce recul survient alors même que les études indépendantes s’accumulent : contamination généralisée des sols, effondrement des insectes, résidus dans les eaux potables, présence croissante de molécules dans les céréales, les fruits et les préparations infantiles. L’Union européenne, autrefois pionnière du contrôle des pesticides, adopte désormais une posture défensive, alignée sur les intérêts des acteurs agrochimiques et d’une partie des lobbies agricoles.

Les points critiques de l’Omnibus VII

— Fin du réexamen obligatoire : plus aucun cycle de 10–15 ans pour réévaluer la dangerosité des molécules.
— Autorisations illimitées : plus de 90 % des pesticides actuels deviendraient permanents.
— Allongement des délais de retrait : les produits interdits pourraient rester utilisés plus longtemps.
— Réduction du rôle des États membres : moins de marge pour bloquer une substance en fonction de nouvelles données.
— Opacité accrue : complexité du texte, usage d’un instrument législatif technique, faible débat public.

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