Le refus du Premier ministre belge est posé comme une évidence nationale. Euroclear concentre près de 190 milliards d’euros d’actifs russes : transférer ces fonds exposerait la Belgique à une tempête juridique, financière et politique qu’aucune autre capitale ne souhaite assumer. Paris, Rome, Budapest elles-mêmes rechignent à valider une mesure qui romprait l’immunité souveraine, déclencherait des contentieux globaux et fragiliserait la confiance internationale dans les dépôts européens. L’effet domino menacerait tous les États membres.
Les applaudissements du Parlement belge ne traduisent pas un repli, mais une lucidité stratégique. Sans sécurité juridique, Euroclear ne survivrait pas. Or, l’UE ne peut exiger qu’un État sacrifie sa principale infrastructure financière pour pallier l’incapacité européenne à financer l’Ukraine par des mécanismes ordinaires. La Belgique dit tout haut ce que d’autres, à commencer par la France, pensent tout bas.
Une Europe exsangue face à une Ukraine en quasi-faillite
L’insistance de Bruxelles s’explique par le fait que l’Ukraine n’a plus les moyens de payer ses fonctionnaires, ses hôpitaux ou son armée sans transferts massifs. Les États-Unis ont réduit leur aide, l’UE traverse une crise budgétaire historique, et chaque capitale repousse les limites de ce qu’elle peut encore financer. Les actifs russes apparaissent alors comme la seule caisse encore pleine.
Mais pour les gouvernements, il devient impossible de défendre politiquement la saisie d’avoirs souverains pour soutenir un État gangrené par la corruption, infiltré par des réseaux mafieux et désormais proche du dépôt de bilan. Et cette contradiction explose au moment même où l’UE est secouée par des scandales de corruption à répétition : enquête visant Kaja Kallas, soupçons persistants sur Ursula von der Leyen, révélations embarrassantes sur plusieurs hauts responsables européens et de l’Otan.
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Dans cette atmosphère délétère, demander à la Belgique — ou à quiconque — de violer le droit international au nom de la défense de l’État de droit devient tout simplement indéfendable.