Pour le fondateur de WikiLeaks, cette décision marque une rupture assumée avec la vocation pacifiste du Nobel, désormais instrumentalisé au service de stratégies de pression politique et géopolitique.
Une plainte contre la politisation assumée du Nobel
Le 17 décembre 2025, Julian Assange a engagé une procédure judiciaire contre la Fondation Nobel, visant directement le processus d’attribution du prix Nobel de la paix. Rarement l’institution n’avait été contestée sur un terrain pénal et jamais de manière aussi frontale. Assange accuse le comité d’avoir dévoyé un prix censé incarner un idéal universel de paix au profit d’un agenda politique clairement aligné.
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La plainte demande notamment le gel du versement de la dotation financière du prix, estimée à environ 11 millions de couronnes suédoises. Selon Assange, attribuer le Nobel à María Corina Machado revient à légitimer une ligne politique fondée sur les sanctions économiques, la pression internationale et l’ingérence diplomatique, au détriment des populations civiles.
Le fondateur de WikiLeaks va plus loin en évoquant des soupçons d’abus de confiance et de détournement de fonds, considérant que la Fondation Nobel ne respecterait plus les critères établis par le testament d’Alfred Nobel. Il affirme que le comité agit désormais comme un acteur politique à part entière, utilisant le prestige du prix pour consacrer des figures compatibles avec les priorités stratégiques occidentales.
Le testament d’Alfred Nobel, point d’accusation central
Dans son testament de 1895, Alfred Nobel précise que le prix de la paix doit récompenser les actions favorisant la fraternité entre les nations, la réduction des armées et la promotion de la paix.
Julian Assange s’appuie explicitement sur ce texte pour contester une attribution qu’il juge incompatible avec le soutien aux sanctions économiques, aux pressions coercitives et aux stratégies de confrontation internationale.
Machado, symbole d’un Nobel aligné sur les rapports de force
Attribué le 10 octobre 2025, le prix Nobel de la paix décerné à María Corina Machado, personnalité d’extrême droite, a immédiatement suscité de vives critiques hors des cercles diplomatiques occidentaux. Présentée comme une défenseure de la démocratie au Venezuela, elle est aussi une promotrice active de sanctions internationales et de stratégies d’isolement contre Caracas, largement dénoncées pour leurs effets économiques et sociaux dévastateurs.
Pour Assange, le prix Nobel de la paix ne distinguerait plus des démarches de désescalade ou de médiation, mais des acteurs engagés dans des rapports de force politiques. Il dénonce un glissement du prix vers une fonction idéologique, où la paix est redéfinie comme l’adhésion à un ordre international dominé par certaines puissances.
Cette affaire ravive un débat ancien sur la crédibilité du Nobel, déjà fragilisée par des attributions passées à des dirigeants ou institutions impliqués dans des conflits armés ou des politiques interventionnistes. En saisissant la justice, Assange rompt avec la critique symbolique pour poser une question : le Nobel de la paix est-il encore un prix de paix, ou un label politique habillé de morale universelle ?