À la mort du prophète Muhammad en 632, la communauté musulmane naissante se déchire sur la question cruciale de sa succession. La majorité des fidèles se rallie alors à Abou Bakr, un de ses proches compagnons, qui devient le premier calife. En revanche, une minorité estime que la direction de la communauté doit revenir légitimement à la famille du Prophète et plus particulièrement à son cousin et gendre, Ali. C’est de ce groupe que naît le mouvement chiite, le mot chiisme dérivant de l’expression arabe « chi’at ’Ali » qui signifie les partisans d’Ali. Les origines du chiisme et ses fondements L’assassinat d’Ali en 661, puis le massacre de son fils Hussein et de ses compagnons lors de la bataille de Kerbala en 680 par les armées du califat omeyyade, façonnent une identité chiite profondément marquée par la martyrologie et l’idéal de résistance face au pouvoir injuste. À lire aussi Droits culturels : La guerre en Iran menace le patrimoine mondial protégé par l’UNESCO Sur le plan dogmatique, les différences avec l’islam sunnite sont notables. Le…
Les origines du chiisme et ses fondements
L’assassinat d’Ali en 661, puis le massacre de son fils Hussein et de ses compagnons lors de la bataille de Kerbala en 680 par les armées du califat omeyyade, façonnent une identité chiite profondément marquée par la martyrologie et l’idéal de résistance face au pouvoir injuste.
Sur le plan dogmatique, les différences avec l’islam sunnite sont notables. Le sunnisme, qui rassemble aujourd’hui environ 85 % des musulmans dans le monde, se fonde sur le respect strict du Coran et de la tradition (la Sunna), considérant l’imam comme un lecteur ou un commentateur guidant la prière.
Le chiisme duodécimain reconnaît quant à lui une lignée sacrée de douze imams infaillibles succédant à Ali. Le douzième et dernier d’entre eux, le Mahdi, a disparu en 874 au cours de ce que l’on nomme l’occultation. Pour les croyants chiites, il demeure caché et réapparaîtra à la fin des temps en tant que messie pour instaurer la justice et la vérité sur terre. De plus, contrairement à l’orthodoxie sunnite, le chiisme accorde une importance capitale à l’intellect humain et reconnaît à ses plus hauts savants religieux, les ayatollahs et mujtahids, le pouvoir d’interprétation des textes sacrés.
L’importance du chiisme et l’équilibre des forces au Moyen-Orient
Bien que minoritaire à l’échelle mondiale, le chiisme représente une force politique et géopolitique incontournable au Moyen-Orient. L’Iran en est le bastion étatique principal depuis que la dynastie des Safavides y a imposé le chiisme comme religion d’État en 1501, lui permettant alors de s’affirmer face à l’Empire ottoman sunnite.
Le pays voisin, l’Irak, est historiquement la véritable terre sainte de cette confession, abritant les sépultures des premiers imams dans les grandes villes de Nadjaf, Kerbala et Samarra. Depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, la majorité chiite irakienne a d’ailleurs accédé aux plus hautes sphères du pouvoir politique à Bagdad, modifiant l’équilibre régional.
D’autres communautés chiites exercent une influence majeure dans la région et revendiquent leurs droits politiques, comme au Liban avec l’émergence du mouvement politique et armé du Hezbollah, au Yémen avec les rebelles zaydites Houthis, ou encore à Bahreïn où une population majoritairement chiite est gouvernée par une dynastie sunnite.
