La manœuvre est désormais bien connue. Ce chantage commercial permanent opéré par Washington crée quelques tensions chez ses « alliés ». Du côté des « rivaux systémiques » pointés par la Maison-Blanche, l’effet recherché est loin d’être garanti. En brandissant une nouvelle fois l’arme douanière, le président américain prend surtout le risque de réengager un bras de fer frontal avec la Chine, dans un contexte international profondément transformé.
Un chantage commercial qui vise bien au-delà de l’Iran
En se proclamant « défenseur des manifestants iraniens », Donald Trump sait pertinemment que son soutien n’est pas un cadeau. Pas davantage que l’effort de communication déployé autour du clan Pahlavi. Comme l’écrivait Dominique Watrin dans nos colonnes, « la dynastie Pahlavi est à jamais discréditée par la répression sanglante infligée à ‘’son’’ peuple, comme par son alignement inconditionnel sur les États-Unis, qui en avaient fait le gendarme du Moyen-Orient. Le peuple n’oublie pas si facilement la trahison ».
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À défaut de levier politique crédible, l’administration américaine revient donc à ce qu’elle sait faire. Elle menace, à nouveau, sur le plan commercial. Les objectifs sont à demi-avoués. Bien sûr, rouvrir un marché de plus de 85 millions d’habitants au cœur du Moyen-Orient serait une aubaine. Mais l’enjeu est plus large. Il s’agit de freiner les nouvelles routes commerciales en construction sous l’impulsion de la Russie et de la Chine, et conserver un contrôle sur les flux énergétiques mondiaux. Le pétrole, encore et toujours, reste au centre de l’équation.
La Chine, les routes commerciales et la peur du déclassement
Mais qui est réellement dans le viseur de la Maison-Blanche ? Impossible de le savoir, à ce stade. Selon les données les plus récentes de la Banque mondiale, l’Iran a exporté des produits pétroliers vers 147 partenaires commerciaux en 2022. Compte-t-il imposer 25 % de droits de douane à chacun d’entre eux ?
Le premier de ces partenaires demeure la Chine, qui a absorbé plus de 80 % du pétrole iranien l’an dernier, d’après les données de Kpler. Une relation toutefois plus complexe qu’il n’y paraît. La majorité des paiements est immobilisée sur des comptes bancaires chinois en raison des sanctions internationales, principalement américaines, limitant leur transfert effectif vers Téhéran. L’Iran reçoit des créances et des devises en théorie, mais ne peut pas les utiliser librement.
Interrogé mardi, le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé que Pékin « défendrait résolument ses droits et intérêts légitimes ». Car au-delà du pétrole, la stratégie américaine vise à couper l’Iran des flux commerciaux mondiaux. Or le pays occupe une place stratégique dans le transit des marchandises chinoises vers le Moyen-Orient, via les Nouvelles routes de la soie.
« La Chine ne se laissera pas berner par Trump. Il n’a pas le courage d’imposer des droits de douane supplémentaires de 25 % à la Chine, et s’il le fait, la Chine ripostera et il sera puni », a vivement réagi Wu Xinbo, doyen de l’Institut d’études internationales de l’université Fudan. Le ton est donné. Souvenons-nous qu’en 2018, sous le premier mandat de Trump, Washington lançait déjà ses premières grandes sanctions contre Huawei, accusé de vendre des technologies à la République islamique.
De l’Allemagne au Japon, en passant par le Brésil
Contrairement à une idée reçue, la Chine et la Russie ne sont pas les seules à commercer avec Téhéran. Les échanges entre l’Inde et l’Iran ont atteint 1,34 milliard de dollars l’an dernier. Côté turc, les exportations vers l’Iran se sont élevées à 2,3 milliards de dollars, tandis que les importations ont atteint 2,2 milliards.
Plus surprenant peut-être, les exportations iraniennes vers l’Allemagne sont en hausse de 1,7 % sur les onze premiers mois de 2025. Des volumes modestes, certes, mais suffisants pour attirer l’attention de Washington. Les exportations allemandes vers l’Iran, en baisse, ont tout de même avoisiné 900 millions d’euros sur la même période. La Corée du Sud et le Japon apparaissent également dans les statistiques, à des niveaux plus marginaux mais bien réels.
Enfin, le Brésil a enregistré un excédent commercial de 2,9 milliards de dollars avec l’Iran l’an dernier. Le géant sud-américain y exporte du maïs et du soja. Les importations de produits iraniens restent faibles, à peine 85 millions de dollars, principalement des engrais et des fruits. Des échanges suffisants, pourtant, pour s’attirer les foudres de Washington.