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Steve Witkoff, émissaire du président américain pour le Moyen-Orient et la Russie et Kirill Dmitriev côté russe, émissaire de Vladimir Poutine - kremlin.ru - CC BY 4.0
Conflit russo-ukrainien

Un plan de paix qui traduit le rapport de forces défavorable à l’Ukraine

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Temps de lecture : 6 minutes

Mots -clé

Ukraine Russie Guerre Paix

Nouvelle accélération des évènements sur la question ukrainienne. Après la révélation d’un scandale majeur de corruption dans l’administration ukrainienne, un « plan de paix américain » en 28 points a fuité dans la presse. Les informations n’étant pas confirmées par les différentes parties, il convient de prendre les informations diffusées avec des pincettes.

Le plan, qui aurait d’ores et déjà été endossé par la Maison-Blanche, aurait été directement discuté entre Steve Witkoff, émissaire du président américain pour le Moyen-Orient et la Russie et Kirill Dmitriev côté russe, émissaire de Vladimir Poutine. Retour sur les principaux points du plan :

Aspects territoriaux :
— Confirmation de la souveraineté de l’Ukraine
— Retrait des troupes ukrainiennes de l’ensemble du Donbass
— Gel de la ligne de front dans les oblasts de Zaporojie et -Kherson
— Souveraineté russe de facto sur la Crimée, Donbass et Lougansk reconnue par les États-Unis

Aspects sécuritaires

— Plafonnement de l’armée ukrainienne à 600 000 soldats
— Garanties de sécurité des États-Unis vis-à-vis de l’Ukraine, contre compensations
— Garanties révoquées en cas d’attaque ukrainienne contre la Russie. En cas d’attaque russe contre l’Ukraine, réponse militaire coordonnée, reprise de toutes les sanctions
— Pas de troupes de l’OTAN en Ukraine
— Stationnement d’avions de combat européens en Pologne
— L’Ukraine doit renoncer constitutionnellement à l’OTAN. L’OTAN renonce à tout nouvel élargissement et à intégrer l’Ukraine
— Statut non nucléaire de l’Ukraine
— La Russie inscrit dans sa loi une politique de non-agression vis-à-vis de l’Europe et de l’Ukraine
— Dialogue OTAN-Russie sur la sécurité globale
— Groupe de travail États-Unis – Russie sur la mise en œuvre de l’accord
— Prolongation des accords de non-prolifération et de contrôle des armes nucléaires

Aspects économiques
— Réintégration de la Russie à l’économie mondiale et au G8 avec une levée progressive des sanctions et le déploiement d’un agenda économique bilatéral USA-Russie
— Possibilité d’intégration de l’Ukraine à l’UE et au marché commun européen de manière anticipée
— Création d’un fonds de développement de l’Ukraine pour la reconstruction
— Utilisation des avoirs russes gelés : 100 Md USD pour la reconstruction de l’Ukraine sous l’égide des États-Unis. L’UE doit abonder de 100 Md USD tout en dégelant les avoirs russes détenus en Europe.
— Centrale nucléaire de Zaporojie : sous contrôle de l’AIEA et production répartie à 50/50 entre l’Ukraine et la Russie
— Garantie d’accès de l’Ukraine au Dniepr pour des aspects commerciaux et accord sur le transport de céréales en mer Noire

Éducation, religion et culture :

— L’Ukraine doit adopter les normes européennes sur la tolérance religieuse et la protection des langues minoritaires
— Abolition de toutes les mesures discriminatoires et garantie de droits pour l’éducation et les médias qu’ils soient russes ou ukrainiens
— Rejet de toute idéologie ou activités nazies
— Création d’un comité humanitaire

Autres :
— Des élections doivent être organisées en Ukraine 100 jours après l’accord
— Amnistie totale pour toutes les parties
— Mise en œuvre de l’accord supervisé par un conseil de paix sous la présidence de Donald Trump

Le contenu du plan reprend largement les grandes exigences formulées par la Russie de manière constante depuis les pourparlers d’Istanbul qui ont eu lieu en 2022, il est à l’inverse défavorable pour les Ukrainiens et également à ses soutiens, car il exclut toute force dite « de réassurance » occidentale en Ukraine promue notamment par Macron et Starmer. On y retrouve par ailleurs la recherche claire et assumée d’une maximisation des dividendes financiers pour les États-Unis.

Ce plan est censé s’inscrire dans la continuité des discussions d’Anchorage entre Donald Trump et Vladimir Poutine sur le fond et du plan de paix pour Gaza sur la méthode. Il a été communiqué à l’administration ukrainienne et présenté aux européens.

L’arrivée de ce plan de paix, après une phase plus tendue, semble tout d’abord traduire une évolution du rapport de force à Washington, avec le départ annoncé de Keith Kellog, envoyé spécial pour l’Ukraine et tenant d’une ligne de soutien militaire à l’Ukraine.

Il ne s’agit néanmoins pas de la première phase d’accélération, les précédentes séquences ayant fait pshit et au-delà des échanges prisonniers entre russes et ukrainiens, l’armée russe a pu continuer son avancée inexorable sur le champ de bataille. Il n’est donc pas établi que ce plan de paix ouvre réellement des perspectives de règlement du conflit.

Toujours est-il que le contexte est extrêmement défavorable pour Volodymyr Zelensky, que ce soit sur le plan militaire ou sur le plan de la politique interne, suite à la révélation du scandale de corruption. Ce dernier semble donc avoir moins de latitude pour s’opposer à un plan endossé par Donald Trump.

À lire aussi : Corruption en Ukraine et dérives de l’OTAN, quand la guerre devient un marché

Aussitôt après les fuites et de manière prévisible, les promoteurs habituels de la poursuite de la guerre y sont allés de leur commentaire. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français a clamé que « la paix ne pouvait pas être une capitulation », Kaja Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et le ministre allemand des Affaires étrangères ont relayé leurs habituels éléments de langage sur le fait que « la paix ne peut se faire qu’avec l’Europe et l’Ukraine ». À ce stade, les réactions ukrainiennes sont restées discrètes, évoquant simplement la nécessaire recherche d’une « paix juste ».

Fuites non confirmées officiellement par la partie russe, réactions ukrainiennes mesurées, il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de la séquence actuelle. La presse occidentale peut vociférer contre un plan en forme de diktat mais les conditions exposées bien que teintées de l’impérialisme et du capitalisme étatsunien, ne font que traduire le rapport de force réel particulièrement défavorable à l’Ukraine et Zelensky et ont le mérite d’amorcer le début d’un dialogue sur les causes profondes de la guerre. L’Europe est reléguée au rang de commentatrice, fruit de l’incurie diplomatique de ses dirigeants depuis le début de la guerre.

Sur le terrain, le temps ne joue pas pour l’Ukraine et les discours bellicistes tenus à Paris, Londres ou Bruxelles n’y changent pas grand-chose…

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