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Victor Mogyldea/shutterstock
Législatives

Sandu l’emporte, la Moldavie se déchire

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Mise à jour le 10 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Russie Union européenne Moldavie

Les élections législatives moldaves du 28 septembre se sont soldées par une victoire du Parti libéral et euro-atlantiste Action et Solidarité (PAS) de la présidente Maia Sandu, face au bloc patriotique composé des communistes, des socialistes et d’autres partis d’opposition qui n’avaient pas fait des questions géopolitiques l’enjeu central du scrutin.

Bien qu’en léger recul par rapport à 2021, le PAS parvient à obtenir à lui seul la majorité absolue des sièges à l’Assemblée (50,2 %, 55 sièges sur 101), ce qui constitue un succès net. Le bloc patriotique atteint 24,2 % des voix et 26 sièges, en léger recul également par rapport à 2021. Trois partis font leur entrée au Parlement et bénéficient du recul des deux blocs traditionnels, en récoltant entre 5,5 et 8 % des suffrages : le « Bloc alternatif », « Notre parti » et « Démocratie à la maison ». Tous trois ont centré leur campagne sur les questions économiques et sociales tout en conservant une certaine ambiguïté sur les sujets géopolitiques polarisants. Le PAS l’emporte avec une marge supérieure à celle prévue par les sondages : la dramatisation des enjeux du scrutin dans les derniers jours semble lui avoir largement profité.

Derrière cette victoire du parti de Maia Sandu, aussitôt saluée comme un triomphe démocratique contre la Russie par Bruxelles et d’autres capitales qui avaient pesé de tout leur poids en sa faveur, se cachent des fractures territoriales et sociales profondes qui ne font que se renforcer. Le vote de la diaspora moldave à l’étranger a joué pleinement dans ce succès : sur le territoire national, le PAS n’obtient en effet que 44 % des suffrages, derrière l’ensemble des partis d’opposition. Alors qu’il l’emporte à Chisinau et dans les zones centrales, les zones rurales du nord ainsi que les régions autonomes de Transnistrie et de Gagaouzie plébiscitent le bloc patriotique (51 % en Transnistrie, 82 % en Gagaouzie).

L’opposition conteste la sincérité du scrutin

La question du vote de la diaspora moldave est un enjeu majeur. En France, 25 000 citoyens moldaves ont pu voter dans les 26 bureaux ouverts, plébiscitant le PAS à 77 %. En Russie, seuls 4 000 ressortissants sur plusieurs centaines de milliers ont pu participer, en raison de l’ouverture de seulement deux bureaux de vote, une manœuvre vivement dénoncée par l’opposition. L’accès au vote des citoyens résidant en Transnistrie a également suscité de vives contestations, avec la fermeture de sept ponts sur le Dniestr le jour de l’élection, officiellement pour cause de travaux. Deux jours avant le scrutin, la commission électorale avait par ailleurs exclu deux partis d’opposition qualifiés de « pro-russes ».

Après une campagne tendue et polarisante, où la présidente Sandu n’a cessé d’agiter la menace d’ingérences russes, cette dernière peut désormais proclamer sa victoire et n’a, logiquement, pas remis en cause la sincérité du vote. Les partis d’opposition autorisés et interdits ont, eux, appelé à manifester dans tout le pays et contestent les résultats, qui doivent encore être validés par la Cour constitutionnelle.

Les déclarations de victoire les plus triomphalistes ont été prononcées par les soutiens internationaux de Sandu. Dans des communiqués plus caricaturaux et hypocrites les uns que les autres, Bruxelles et d’autres capitales ont salué la victoire de la démocratie libérale européenne sur les manipulations russes et présenté comme irréversible le rapprochement de la Moldavie avec les institutions européennes. La bonne démocratie aurait triomphé de la mauvaise, forcément manipulée par Moscou. Du côté russe, les résultats ont été reconnus, tout en soulignant les ingérences occidentales et les manipulations du pouvoir en place pour assurer sa victoire.

Quelles conclusions tirer de ce scrutin sous haute tension ?

Il est désormais clair que les peuples jouant le rôle de pont entre le monde russe et le monde occidental sont sommés de choisir un camp. Les très probables ingérences russes ont été concurrencées par d’autres ingérences — politiques, économiques et médiatiques — occidentales. L’instrumentalisation de tous les scrutins électoraux de la zone, selon un narratif bien rodé opposant « pro-européens » et « pro-russes », sert la stratégie d’élargissement euro-atlantiste tout en prenant en otage les peuples dans une logique infernale de confrontation permanente entre deux blocs. La recette ukrainienne est appliquée avec zèle et il n’est pas exclu qu’elle produise les mêmes conséquences dramatiques.

Si les résultats permettent au PAS de Sandu d’assurer une continuité politique, les risques d’embrasement de la Moldavie demeurent intacts, voire renforcés. Le ressentiment d’une partie de la population contre un pouvoir sacrifiant les brûlantes questions économiques et sociales au profit du seul alignement géopolitique avec Bruxelles ne devrait que s’accroître. L’interdiction de nombreux partis d’opposition ne sera pas facilement digérée et le piétinement continu de la neutralité constitutionnelle du pays devrait continuer de creuser les fractures territoriales et sociales. L’utilisation décomplexée de la Moldavie par les Occidentaux comme un proxy contre la Russie pourrait provoquer de dangereuses étincelles.

Vu de France, la pauvreté et l’hypocrisie des analyses médiatiques sur le scrutin moldave sont frappantes. La dénonciation des seules ingérences russes et le silence autour des problématiques pourtant flagrantes concernant les ingérences occidentales et l’organisation du vote par le pouvoir en place laissent le champ libre à une transformation accélérée du concept de démocratie selon les élites européennes et leurs relais d’opinion. Dans l’espace post-soviétique — et bientôt dans toute l’Europe — la démocratie semble désormais réduite à l’instrument du renforcement du bloc euro-atlantique, rien d’autre.

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