Cette orientation vis-à-vis de la guerre en Ukraine a considérablement tendu les relations entre Bratislava et Budapest d’une part et Kiev d’autre part. Le conflit se joue en grande partie sur le terrain énergétique, domaine où chacun dispose de moyens de pression sur l’autre camp. Retour sur une escalade des tensions en plusieurs épisodes. 1er janvier 2025, l’Ukraine décide de mettre fin au transit de gaz russe vers la Slovaquie La société publique slovaque SPP, qui dispose de 70% de parts de marché sur la fourniture de gaz naturel en Slovaquie, s’approvisionne historiquement depuis la Russie, via un gazoduc transitant par l’Ukraine. Les termes du contrat entre Gazprom et SPP permettaient à la Slovaquie de mettre en place des tarifs réglementés du gaz à un prix avantageux. Les importations de gaz du continent européen depuis la Russie passaient depuis l’URSS via des gazoducs traversant l’Ukraine, ainsi que plus au nord via la Biélorussie et la Pologne. Depuis l’indépendance de l’Ukraine, le gaz russe doit transiter par le réseau de Naftogaz, l’opérateur ukrainien, avant d’arriver en Slovaquie, moyennant une redevance annuelle. À lire aussi …
Retour sur une escalade des tensions en plusieurs épisodes.
1er janvier 2025, l’Ukraine décide de mettre fin au transit de gaz russe vers la Slovaquie
La société publique slovaque SPP, qui dispose de 70% de parts de marché sur la fourniture de gaz naturel en Slovaquie, s’approvisionne historiquement depuis la Russie, via un gazoduc transitant par l’Ukraine. Les termes du contrat entre Gazprom et SPP permettaient à la Slovaquie de mettre en place des tarifs réglementés du gaz à un prix avantageux.
Les importations de gaz du continent européen depuis la Russie passaient depuis l’URSS via des gazoducs traversant l’Ukraine, ainsi que plus au nord via la Biélorussie et la Pologne. Depuis l’indépendance de l’Ukraine, le gaz russe doit transiter par le réseau de Naftogaz, l’opérateur ukrainien, avant d’arriver en Slovaquie, moyennant une redevance annuelle.
Le rôle de l’Ukraine en tant que pays de transit du gaz russe vers l’Europe n’a cessé de décliner dans les années 1990 au gré de la mise en service de gazoducs alternatifs :
- Yamal-Europe via Biélorussie et Pologne en 1999
- Nord Stream, gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne inauguré en 2012
- TurkStream, gazoduc reliant la Russie à la Bulgarie via la mer Noire et la Turquie, inauguré en 2020
Dès 2021, les flux gaziers de la Russie vers l’UE baissent de manière conséquente et mi-2022, les voies Yamal-Europe et Nord Stream deviennent inutilisables. En cause, des sanctions réciproques entre Russie et Pologne pour le premier et un sabotage intervenu le 26 septembre 2022 pour le second, pour lequel les investigations menées pointent la responsabilité de l’Ukraine.
Résultat, seuls Turkstream et la voie ukrainienne demeurent opérationnelles. C’est ainsi que malgré la guerre, du gaz naturel a continué de transiter depuis la Russie vers l’Ukraine, permettant aux autorités ukrainiennes d’empocher au passage environ 3 milliards d’EUR entre 2022 et 2025.
Fin 2024, l’Ukraine décide de ne pas prolonger le contrat de transit de gaz entre Gazprom et Naftogaz, entraînant la colère du gouvernement slovaque dont l’opérateur public se trouvait privé de son approvisionnement principal. SPP a dû négocier en urgence une modification du contrat afin de pouvoir importer du gaz russe par Turkstream.
La Hongrie et la Slovaquie, prochainement sevrés de gaz russe contre leur gré
La Hongrie et la Slovaquie ont régulièrement défendu ces dernières années le droit de chaque État membre de décider de son approvisionnement énergétique. C’est ainsi qu’ils se sont opposés jusqu’à peu à tous les projets de sanctions européennes à l’encontre des importations de gaz, de pétrole et de produits raffinés en provenance de Russie. Ils ont notamment obtenu une dérogation concernant l’approvisionnement en pétrole en provenance de Russie.
Ces dernières sont interdites dans l’ensemble de l’UE depuis 2023, mais les sanctions prévoient que la Slovaquie et la Hongrie peuvent continuer de s’approvisionner en brut russe par l’oléoduc « Druzhba – Amitié » traversant l’Ukraine. Une dérogation obtenue car les raffineries de ces pays ne peuvent fonctionner qu’en ayant recours à du pétrole russe, pour des raisons techniques. Les menaces de vétos slovaques et hongrois ont également contribué à la relative lenteur de l’Union européenne à prendre des sanctions contre les importations de gaz naturel russe.
Finalement, la Commission et les États les plus offensifs contre la Russie ont réussi à contourner les traités européens pour faire passer l’interdiction à la majorité qualifiée et non à l’unanimité, pour tordre le bras de Budapest et Bratislava. C’est ainsi que les importations de gaz russe seront interdites dans l’UE à compter de 2027. La Hongrie et la Slovaquie ont d’ores et déjà annoncé contester ce texte devant les tribunaux européens.
Février 2026 – bras de fer autour des livraisons de pétrole russe via l’Ukraine
Fin janvier 2026, l’Ukraine annonce une attaque de drones russes sur l’oléoduc Druzhba reliant la Russie à la Hongrie et la Slovaquie. En conséquence, les livraisons de pétrole brut qui alimentaient les raffineries des deux pays d’Europe centrale sont suspendues. La Slovaquie et la Hongrie affirment qu’après réparations, rien ne s’oppose à la remise en service de l’oléoduc et que Kiev exerce, avec le soutien de l’UE, un chantage énergétique.
Une large majorité du pétrole brut importé par ces deux pays provient de Russie. Les données ne sont pas publiques, mais les prix d’achat de ce pétrole serait largement inférieurs à ce qui pourrait être importé en provenance d’autres pays. Hongrie et Slovaquie doivent désormais puiser dans leurs réserves stratégiques pour alimenter leurs raffineries. La Slovaquie a déclaré l’état d’urgence énergétique et le gouvernement hongrois accuse Kiev de provoquer une crise en Hongrie afin d’influencer le résultat des élections qui auront lieu le 12 avril prochain.
Les gouvernements slovaques et hongrois ont annoncé riposter en prenant des mesures de réciprocité à l’encontre des actions « non amicales » de l’Ukraine de Zelensky, tant que les livraisons de pétrole n’auront pas repris.
- La Hongrie a annoncé l’arrêt des exportations de diesel vers l’Ukraine.
- Robert Fico, premier ministre slovaque, a annoncé le 23 février ordonner à l’entreprise publique d’électricité de suspendre les exportations d’électricité vers l’Ukraine. Exportations qui avaient largement augmenté en janvier en raison de la crise énergétique en Ukraine.
- Les deux gouvernements ont indiqué qu’ils s’opposeraient à l’adoption du 20ème paquet de sanctions à l’encontre de la Russie, ainsi qu’au prêt de 90 Md EUR envisagé par l’UE pour soutenir l’Ukraine.
L’escalade énergétique en Europe centrale n’est pas qu’un simple problème de voisinage, il s’agit d’un théâtre d’affrontement plus large entre des États souverains et la technostructure européenne et leurs relais.
L’objectif de la Commission européenne et de nombre de gouvernements alignés est de tout faire pour empêcher des États membres (en l’espèce Hongrie et Slovaquie) d’entretenir des relations diplomatiques et commerciales normales avec la Russie. C’est ainsi que doit être lu le refus de Kiev de reprendre les livraisons de pétrole par l’oléoduc Druzhba.