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Dmytro Sheremeta/shutterstock
Guerre du Donbass

Le front ukrainien se fissure et les encerclements se multiplient

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Mise à jour le 7 novembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Ukraine Conflit ukraino-russe Russie

Cinq mois après la chute de Tchassiv Iar, l’armée ukrainienne vacille. Les forces russes progressent sur plusieurs axes, encerclant des dizaines de bataillons à Koupiansk et Pokrovsk. Loin des discours officiels, le front se délite sous la pression d’une guerre d’attrition méthodiquement planifiée par Moscou. Le spectre d’un effondrement général hante désormais Kiev.

Dans le fracas continu des obus, l’armée ukrainienne recule, mètre après mètre. Depuis la prise de Tchassiv Iar en août, les positions défensives de Kiev se désagrègent. Ce verrou stratégique du Donbass, longtemps tenu au prix d’un sacrifice colossal, a ouvert une brèche que les forces russes exploitent sans relâche.

Le front craque sous la pression

Fin octobre, la situation vire à la catastrophe : 31 bataillons ukrainiens – soit plus de 10 000 hommes – sont encerclés sur deux poches principales, à Koupiansk et Pokrovsk-Myrnograd. Les communications sont coupées, les ravitaillements impossibles. Dans ces secteurs, les combats se transforment en pièges mortels.

À Koupiansk, les Russes contrôlent déjà les hauteurs dominant la rivière Oskol. Les troupes ukrainiennes, privées de munitions lourdes, tentent de percer vers l’ouest, mais la pince se referme. À Pokrovsk, le scénario est encore plus dramatique : cinq kilomètres seulement séparent les forces russes du Nord et de l’Ouest, créant ce que les analystes appellent désormais une kill zone – un corridor de feu où tout mouvement devient suicidaire.

Les unités ukrainiennes, épuisées, se battent sans relève ni couverture aérienne. « Le front se fissure partout », reconnaît un officier sous couvert d’anonymat cité par la presse internationale.

De la paix sabotée à la guerre totale

À la différence de 2022, Moscou ne cherche plus une victoire politique rapide, mais une victoire totale par épuisement progressif.

Au début du conflit, le Kremlin misait sur un rapport de force destiné à forcer des pourparlers de paix — ceux-là mêmes qui eurent lieu à Istanbul au printemps 2022 et qui furent sabotés après l’intervention de Boris Johnson à Kiev, selon Davyd Arakhamia, chef de la délégation ukrainienne.

L’Ukraine avait alors envisagé un statut neutre et non nucléaire, en échange de garanties de sécurité multilatérales et de la possibilité de rejoindre l’Union européenne, tandis que Moscou acceptait de reporter la question de la Crimée sur une période de dix à quinze ans. Mais cette trêve potentielle s’est effondrée. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont privilégié la confrontation militaire à l’issue diplomatique.

Depuis cet échec, la Russie a changé de registre. Elle mène désormais une guerre industrielle. Son économie tourne à plein régime  ; drones, munitions et blindés sortent en flux continu d’usines relancées à marche forcée.

Moscou semble avoir absorbé le choc des sanctions et transformé son économie en capacité de guerre durable.

L’armée ukrainienne à bout de souffle

Face à cette mécanique implacable, Kiev lutte contre la pénurie et la fatigue. L’âge de mobilisation a été abaissé à 25 ans, tandis que des volontaires de plus de 60 ans sont désormais acceptés.

Les pertes, colossales, ne sont plus compensées. Les jeunes recrues partent au front après à peine quelques semaines d’instruction. Dans le Donbass, les témoignages évoquent des unités entières livrées à elles-mêmes, sans appui aérien ni logistique.

Les analystes militaires parlent désormais d’une armée qui « brûle ses dernières réserves ». Le moral, malgré les appels à la résistance, s’effondre. Les désertions augmentent, la société s’épuise. L’expression cynique « tenir jusqu’au dernier Ukrainien » résonne comme une prophétie tragique.

Les illusions de la victoire

Les revers actuels révèlent un aveuglement stratégique. Depuis 2022, les soutiens occidentaux ont cru possible d’user Moscou par sanctions et livraisons d’armes fragmentées. Or, c’est l’inverse qui se produit : la Russie s’installe dans une guerre industrielle de longue durée. L’Ukraine, elle, s’enfonce dans un Zugzwang – ce terme d’échecs où tout mouvement empire la position.

Les experts évoquent désormais une perspective redoutée : une rupture du front du Donbass, suivie d’une retraite vers le Dniepr, marquant une bascule stratégique majeure. Dans les chancelleries occidentales, le ton change : on ne parle plus de victoire, mais de « tenir jusqu’en 2026-2027 ».

Le réalisme succède à l’illusion ? L’avenir nous le dira.

Chronologie de la paix manquée à l’effondrement du front
Février 2015 Signature des accords de Minsk II, prévoyant l’autonomie du Donbass dans une Ukraine unie. Accords non appliqués
Février–mars 2022 Début des négociations russo-ukrainiennes en Biélorussie puis à Istanbul
Mars 2022 Projet d’accord sur la neutralité de l’Ukraine et des garanties de sécurité internationales
Avril 2022 Visite de Boris Johnson à Kiev : selon Davyd Arakhamia, l’Ukraine est dissuadée de signer. Les pourparlers s’effondrent
2023–2024 Reprise des offensives russes, guerre d’usure et déséquilibre industriel
Automne 2025 Le front du Donbass se fissure : Koupiansk et Pokrovsk encerclées, l’armée ukrainienne au bord de la rupture
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