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Dusanka Ljubojevic/shutterstock
Souveraineté menacée

La Serbie non-alignée prise en étau

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Mise à jour le 16 janvier 2026
Temps de lecture : 6 minutes

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Russie Union européenne Énergie Serbie

La Serbie vient d’annoncer la prolongation pour trois mois de son contrat de fourniture de gaz naturel avec la Russie, jusqu’à fin mars, faute d’accord à long terme dans un contexte de pressions internationales accrues.

La Serbie continue de recevoir la quasi-totalité de son gaz naturel en provenance de Russie, à un prix sensiblement inférieur à ceux pratiqués sur les marchés. Cette prolongation, négociée dans l’urgence, n’est pas un choix stratégique, mais un sursis, destiné à garantir l’approvisionnement hivernal des ménages et de l’industrie.

Cette situation illustre la dépendance structurelle de la Serbie, pays enclavé, dépourvu d’accès direct aux terminaux GNL et dont l’ensemble de l’infrastructure gazière est historiquement orienté vers l’Est. Une dépendance qui n’a jamais causé la moindre difficulté, jusqu’à la récente extrême politisation des approvisionnements énergétiques. À défaut d’alternatives crédibles à court terme, Belgrade n’a d’autre option que de négocier au mois le mois, sous la menace permanente d’un étranglement énergétique

En sanctionnant NIS, les États-Unis font monter la pression

Ce sursis gazier intervient alors que les États-Unis ont imposé des sanctions extraterritoriales contre la compagnie pétrolière serbe NIS, majoritairement détenue par l’entreprise russe GazpromNeft. Ces sanctions visent directement le cœur du système énergétique national : NIS exploite notamment la seule raffinerie du pays, sans laquelle l’approvisionnement en carburants devient critique.

Washington exige un désengagement complet des capitaux russes, condition préalable à toute levée des sanctions. Un nième instrument de contrainte politique, forçant la Serbie à choisir entre la continuité de son système énergétique et l’alignement sur la politique étrangère américaine. Les conséquences potentielles sont lourdes : hausse des prix, pénuries, fragilisation industrielle et pression sociale. Selon les autorités serbes, la Russie négocie la vente de ses parts dans NIS, mais Belgrade lui a donné le délai jusqu’au 15 janvier pour y parvenir. En cas d’échec, le président serbe a évoqué la mise en place d’une nouvelle direction dans la compagnie et une offre d’achat qu’il entend soumettre à Moscou. M. Vučić a écarté une pure et simple nationalisation de la compagnie.

Depuis l’effondrement provoqué de la Yougoslavie, les États-Unis, avec ses bras militaires et politiques que sont l’OTAN et l’Allemagne, sont devenus les véritables suzerains des Balkans. Washington entend dicter au gouvernement de Vučić ses choix économiques et diplomatiques. Peu importe le coût social pour la population serbe : l’alignement doit être total, ou la punition immédiate.

En trame de fond, des protestations antigouvernementales qui durent

Depuis plusieurs mois, des manifestations étudiantes agitent les rues de Belgrade. Présentées dans les médias occidentaux comme un sursaut démocratique, elles rappellent pourtant de sinistres précédents. Difficile de ne pas penser à Otpor, ce mouvement « civique » des années 2000, abondamment financé et formé par des réseaux occidentaux et la CIA, et devenu un modèle exportable de changement de régime.

Sans nier les difficultés sociales réelles, la mise en scène, la coordination et la narration de ces mobilisations ont de quoi interroger, tant la Serbie est aujourd’hui l’un des derniers États européens à refuser l’alignement total : elle devient donc une cible prioritaire.

L’adhésion à l’Union européenne, une promesse sous condition

Bruxelles continue de parler d’« adhésion » tout en exigeant une soumission préalable. Alignement sur les sanctions contre la Russie, rupture des relations avec Moscou, acceptation du démembrement territorial au Kosovo : le prix d’entrée ne cesse d’augmenter. La stratégie de l’UE en Serbie illustre la dérive actuelle vers une logique de bloc où toute autonomie stratégique est vue comme une menace, au détriment des coopérations entre États souverains.

Le vocabulaire n’est par ailleurs jamais neutre. Ce que l’UE appelle les « Balkans occidentaux » n’est rien d’autre que l’ancienne Yougoslavie démantelée, fragmentée, placée sous tutelle économique et militaire. La région est devenue un protectorat de fait, où la Serbie (et son alliée, la République serbe de Bosnie) fait figure d’exception à abattre.

Non-alignement, souveraineté et multipolarité

La Serbie, héritière de la Yougoslavie, s’inscrit dans une tradition de non-alignement et de souveraineté stratégique. Après la chute de Slobodan Milošević en octobre 2000, le pays a connu une parenthèse atlantiste marquée, notamment sous les gouvernements de Zoran Đinđić (2001-2003) puis de ses successeurs, période durant laquelle la Serbie s’est engagée dans des politiques de libéralisation économique, et d’alignement avec l’ordre euro-atlantiste.

L’arrivée au pouvoir d’Aleksandar Vučić au milieu des années 2010 marque une rupture partielle avec cette trajectoire, sans retour au passé mais avec la volonté de restaurer des marges de manœuvre nationales, dans une ligne proche de celle revendiquée aujourd’hui par d’autres dirigeants européens comme Viktor Orbán en Hongrie ou Robert Fico en Slovaquie. Vučić, à la tête d’une coalition hétéroclite où figurent notamment les socialistes et d’autres patriotes de gauche, poursuit son processus d’adhésion à l’UE tout en développant des partenariats économiques et stratégiques avec la Chine, et conserve des liens historiques étroits avec la Russie. Ce choix multipolaire pragmatique est précisément ce que l’Occident ne tolère plus aujourd’hui, dans un contexte de durcissement des logiques de blocs.

Aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’avenir énergétique ou diplomatique de la Serbie qui est en jeu, mais son droit à exister comme État souverain, libre de ses alliances. Alors que l’Occident se replie sur lui-même et devient agressif comme une bête blessée, la position pacifiste et multipolaire de la Serbie dérange. C’est sans doute pour cela qu’elle est attaquée de toutes parts.

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