Pour la première fois depuis le début du conflit, une génération entière refuse massivement de se battre, révélant un effondrement politique et moral bien plus profond que la seule usure militaire.
Une génération qui ne croit plus au discours officiel
L’échec du programme « Contrat 18-24 » a pris de court le pouvoir ukrainien. Tout avait été fait pour séduire : un million de hryvnias de prime d’engagement — l’équivalent de plus de 20 000 euros —, des prêts immobiliers à taux zéro, des soins gratuits, des formations, et même la possibilité de voyager librement à l’étranger après un an de service. Du jamais-vu dans un pays en guerre.
Pourtant, la jeunesse a massivement tourné le dos à l’offre. À peine 135 à 140 volontaires par mois, moins de 2 000 signatures au total. Et les résultats ont été tragiques : sur un échantillon étudié par l’agence Reuters, les 11 jeunes engagés ont tous été tués, blessés, disparus ou déserteurs. Aucun n’est resté au combat.
Les jeunes ne croient plus aux objectifs politiques de la guerre, ni à la rhétorique sacrificielle qui domine le discours officiel. Le patriotisme initial a laissé place à la lucidité : mourir dans une guerre d’attrition semble désormais aussi absurde qu’inutile.
L’exode plutôt que les tranchées
Face à la perspective de l’enrôlement, les jeunes ont choisi la fuite. L’assouplissement temporaire de la loi martiale a provoqué un exode massif : plus de 120 000 jeunes hommes âgés de 18 à 22 ans ont traversé la frontière polonaise dès l’été 2025.
Dans les lycées, les classes de terminale comptent « presque uniquement des filles », selon un député ukrainien. Les jeunes hommes se cachent, évitent la rue, ou paient des passeurs. Les centres de recrutement, devenus des lieux redoutés, procèdent à des rafles dans les gares, les bars, les transports, les universités. Mais la peur se transforme en rejet. Sur 100 hommes enrôlés de force, 60 déserteraient.
Le gouvernement a tenté d’arrêter cette hémorragie par la coercition : contrôles systématiques, « bussification », traque administrative. Rien n’y fait. Une génération entière refuse de devenir une chair à canon pour une guerre qu’elle considère perdue.
Pourquoi les jeunes refusent massivement de se battre
- Taux de mortalité exorbitant chez les 18-24 ans envoyés en première ligne.
- Aucune rotation, troupes épuisées, commandement débordé.
- Objectifs politiques jugés flous, voire mensongers.
- Avenir bloqué : économie en ruine, pays en dépopulation accélérée.
- Exode facilité : une opportunité vécue comme la dernière chance de survivre.
Ce refus de la jeunesse n’est pas un simple phénomène sociologique : c’est le signal que le contrat social ukrainien se fracture.