Liberté Actus
qrcode:https://liberteactus.c-real.org/2183

Cet article est lisible à cette adresse sur le site Liberté Actus :

https://https://liberteactus.c-real.org/2183

Flachez le qrcode suivant pour retrouver l'article en ligne

Mikhail Zhbankov/shutterstock
Économie

L’effondrement fantôme de la Russie, autopsie d’un aveuglement occidental

Accès abonné
Mise à jour le 6 mars 2026
Temps de lecture : 8 minutes

Mots -clé

Ukraine Russie Guerre

Depuis février 2022, un mot domine le récit occidental : effondrement. L’économie russe devait plier vite. Trois jours, trois semaines, « l’hiver prochain ». Quatre ans plus tard, la Russie n’a pas implosé. Elle tient. Ce qui s’est fissuré, en revanche, c’est la certitude occidentale.

Le 1er mars 2022, Bruno Le Maire déclare : «  Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». La formule est un verdict. La sanction économique est présentée comme une arme décisive. Les titres suivent : forteresse qui s’écroule, défaut imminent, pire crise depuis 1991. Le rouble chute, la Bourse ferme, les taux montent à 20 %. L’instant semble confirmer la prédiction. À lire aussi Dossier : L’art opératif russe, comprendre la logique profonde de la guerre Mais l’économie n’obéit pas aux déclarations. Les contrôles de capitaux stabilisent la monnaie. Les prix élevés de l’énergie gonflent les recettes. Les flux commerciaux se redéploient vers l’Asie. Le choc est réel ; l’effondrement ne vient pas. La prophétie change alors de date, pas de nature. Sous tension, pas en ruine Après la contraction de 2022, la croissance revient en 2023-2024, tirée par la dépense militaire. L’inflation persiste, nourrie par la pénurie de main-d’œuvre et la hausse rapide des salaires. Les taux culminent à 21 %. Le budget consacre près d’un tiers de ses dépenses à la défense.… Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». La formule est un verdict. La sanction économique est présentée comme une arme décisive. Les titres suivent : forteresse qui s’écroule, défaut imminent, pire crise depuis 1991. Le rouble chute, la Bourse ferme, les taux montent à 20 %. L’instant semble confirmer la prédiction.

Mais l’économie n’obéit pas aux déclarations. Les contrôles de capitaux stabilisent la monnaie. Les prix élevés de l’énergie gonflent les recettes. Les flux commerciaux se redéploient vers l’Asie. Le choc est réel ; l’effondrement ne vient pas. La prophétie change alors de date, pas de nature.

Sous tension, pas en ruine

Après la contraction de 2022, la croissance revient en 2023-2024, tirée par la dépense militaire. L’inflation persiste, nourrie par la pénurie de main-d’œuvre et la hausse rapide des salaires. Les taux culminent à 21 %. Le budget consacre près d’un tiers de ses dépenses à la défense. Le marché du travail est tendu à l’extrême. Les salaires montent, soutiennent la demande et entretiennent la pression inflationniste.

L’économie fonctionne sous contrainte, mais elle fonctionne. Les finances publiques restent opérationnelles. Les exportations énergétiques continuent d’assurer des flux massifs de devises. Le pivot asiatique amortit la rupture occidentale. Rien, à court terme, n’indique une désintégration systémique.

Le récit comme arme

L’économie est devenue un outil politique. Annoncer l’effondrement russe a consolidé l’unité occidentale, justifié l’intensification des sanctions et entretenu l’idée que le temps travaillait pour l’Occident. Lorsque la chute ne survient pas, le discours se déplace. L’implosion immédiate devient stagnation différée. La prophétie se reformule sans s’abandonner. L’effondrement devient fantôme : omniprésent dans le récit, absent dans les faits.

La chute repoussée, année après année
1er mars 2022 « Effondrement » annoncé
Mars 2022 Défaut imminent, forteresse qui s’écroule
Été 2022 Stabilisation monétaire
Fin 2022 Résilience reconnue
2023-2024 Croissance de guerre
2025-2026 Stagnation évoquée, effondrement toujours absent
L’angle mort énergétique

La séquence d’Istanbul au printemps 2022 fut un moment charnière. Un compromis était discuté. La visite de Boris Johnson à Kiev a marqué un tournant en faveur de la poursuite du conflit. Une fenêtre diplomatique s’est refermée. Quatre ans plus tard, le contraste est net.

La Russie reste sous tension – inflation liée à la rareté du travail, salaires en hausse, taux élevés – mais elle ne montre pas de rupture macroéconomique imminente. Ses exportations énergétiques alimentent toujours son budget. Le pivot vers l’Asie sécurise ses débouchés.

En revanche, la vulnérabilité énergétique ukrainienne est devenue centrale. Les infrastructures électriques ont été durement touchées. Le pays dépend d’importations d’électricité, d’aides budgétaires massives et d’un soutien occidental continu pour fonctionner. Sa soutenabilité repose sur un équilibre fragile : transferts financiers réguliers, réseau énergétique opérationnel, résilience démographique. Si l’un de ces éléments cède, la fragilité peut devenir systémique.

L’Union européenne elle-même supporte un coût énergétique durablement plus élevé. Les budgets sont sous tension. Les opinions s’usent. L’effondrement fantôme n’a pas eu lieu. Il était le produit d’un pari teinté de supériorité stratégique et nourri par la croyance dans sa propre propagande.

L’histoire montre que les grandes puissances ne tombent pas toujours de leurs faiblesses, mais souvent de leurs illusions.


Les illusions de la presse mainstream

28 février 2022 The Guardian
Russia central bank doubles rates as rouble plunges
(La banque centrale russe double ses taux alors que le rouble s’effondre)

5 mars 2022 — The Economist
Vladimir Putin’s « Fortress Russia » is crumbling
(« La forteresse Russie » de Vladimir Poutine s’écroule)

9 mars 2022 — Reuters
Russia faces worst economic crisis since 1991, says minister
(La Russie fait face à sa pire crise économique depuis 1991, selon un ministre)

15 mars 2022 — Bloomberg
What if Russia Defaults on Its Debt ?
(Et si la Russie faisait défaut sur sa dette ?)

8 avril 2022 — Financial Times
Russia averts default but economic pain deepens
(La Russie évite le défaut mais la douleur économique s’aggrave)

29 décembre 2022 — The Economist
In 2022 Russia kept the economic show on the road
(En 2022, la Russie a réussi à maintenir son économie à flot)

3 février 2023 — Reuters
Russia’s economy shrinks less than expected in 2022
(L’économie russe s’est contractée moins que prévu en 2022)

12 juillet 2023 — Bloomberg
Russia’s War Economy Is Fueling Growth — at a Cost
(L’économie de guerre russe alimente la croissance — mais à un coût)

4 septembre 2023 — Financial Times
Russia’s economy overheats as war spending surges
(L’économie russe surchauffe à mesure que les dépenses de guerre explosent)

15 janvier 2024 — Reuters
IMF upgrades Russia growth forecast
(Le FMI revoit à la hausse les prévisions de croissance de la Russie)

2024 — Atlantic Council
Russia’s economy is more resilient than expected
(L’économie russe est plus résiliente que prévu)

2024 — Bruegel
Why Russia’s economic model no longer delivers
(Pourquoi le modèle économique russe ne tient plus ses promesses)

2025 — Chatham House
Fortress Russia : stagflation risks ahead
(Forteresse Russie : des risques de stagflation à venir)

2025 — CEPA
Stormy weather pummels Russia’s economy
(Des vents contraires frappent l’économie russe)

6 février 2026 — The Guardian
The Russian economy is finally stagnating
(L’économie russe entre enfin en stagnation)

Il vous reste tant à découvrir...

Cet article est payant.

Pour lire la suite de cet article et soutenir ce site, abonnez vous à Liberté Actus.

Déja abonné ?

Identifiez-vous

Message d'abonnement

Ces articles peuvent vous intéresser :

Soutenez-nous

Faire un don

En 2024, nous avons bâti un journal unique où les analyses se mêlent à l’actualité, où le récit se mêle au reportage, où la culture se mêle aux questions industrielles et internationales. Faites un don pour continuer l’aventure.