L’affaire concerne le 26ᵉ régiment de parachutistes, basé à Zweibrücken, près de la frontière française. Selon plusieurs enquêtes de la presse allemande, confirmées par l’état-major, des dizaines de soldats sont mis en cause pour des comportements « incompatibles avec les principes démocratiques officiellement défendus par la Bundeswehr ».
Une violence structurée, pas des dérapages isolés
Les témoignages décrivent un climat de brutalité institutionnalisée. Bizutages violents lors des remises d’insignes, humiliations sexuelles, propos misogynes, menaces de viol, fascination assumée pour les symboles et références nazies. Dans certains rituels, les recrues étaient contraintes de frapper violemment un insigne métallique contre leur poitrine, jusqu’au saignement, sous peine d’exclusion sociale. Les femmes ont été les premières cibles de ces pratiques.
Longtemps, la hiérarchie a fermé les yeux. Pire, certaines plaignantes ont été mutées, tandis que les soldats incriminés restaient en poste. Ce n’est qu’en 2025, sous la pression politique et médiatique, que des enquêtes disciplinaires ont réellement été engagées. Cinquante-cinq suspects ont été identifiés. Près de vingt soldats devraient être radiés, plusieurs dossiers transmis à la justice.
Un malaise ancien dans les unités d’élite
Ce scandale ravive un passif déjà lourd. En 2021, l’unité des forces spéciales KSK avait failli être dissoute après la découverte de caches d’armes et de réseaux idéologiques d’extrême droite. Malgré des réformes annoncées, les mêmes mécanismes semblent à l’œuvre entre culture du secret, esprit de corps dévoyé, tolérance implicite pour des comportements violents. « Pourvu qu’ils restent “efficaces” militairement » disait à demi-mot le pouvoir.
Or ces révélations surviennent au moment où l’Allemagne prévoit de faire passer ses effectifs militaires de 182 000 à près de 270 000 soldats, avec un réservoir de 200 000 réservistes. L’enregistrement des jeunes de 18 ans a commencé. Officiellement, le service militaire reste volontaire, mais tout est mis en œuvre pour atteindre les objectifs. Réarmer sans regarder ce que l’on arme ? Voilà la question posée à l’Allemagne.