La menace était claire et le calendrier serré. Avec des préavis de grève déposés dans les services publics, les transports et l’enseignement pour ces 24, 25 et 26 novembre, le gouvernement De Wever risquait une paralysie totale du pays.
La victoire du rapport de force
Face à cette pression grandissante, la majorité a choisi de désamorcer la bombe : la pénalité financière pour les départs anticipés à la retraite est reportée.
Pour le PTB, qui avait fait de ce dossier un casus belli, le message est limpide : « Ça prouve que la lutte paie ». Le parti de gauche voit dans ce revirement la preuve que le gouvernement, aussi déterminé soit-il dans ses projets d’austérité, craint le blocage de l’économie. Ce recul précipité démontre la fébrilité de la majorité. Imposer une mesure aussi impopulaire, susceptible de priver les travailleurs de plusieurs milliers d’euros s’ils ne prolongent pas leur carrière, constituait un pari politique risqué qui s’est heurté au mur de la réalité sociale. De plus, faute d’arguments convaincants, le gouvernement belge s’est laissé tenter au jeu de la division par la propagation de fake news. Ce dernier a énoncé que « 57% des exclus du chômage ne sont pas Belges », alors que le chiffre réel est en fait de 19%. Une manipulation réactionnaire des statistiques, rapidement démentie.
À lire aussi
Analyse :
Les luttes de classes en Belgique
Un report en trompe-l’œil ?
Cependant, attention à ne pas crier victoire trop vite. Précisons que le terme « report » a toute son importance. Le projet n’est ni annulé, ni enterré. La philosophie de la coalition Arizona reste axée sur l’allongement des carrières. Le « malus » pourrait très bien ressortir des cartons sous une autre forme ou via des mécanismes plus complexes une fois l’orage social passé. C’est une trêve tactique, pas un changement de cap idéologique.
Le report du texte plonge les futurs retraités dans le brouillard. Quand la mesure reviendra-t-elle et sous quelle forme ? Impossible de le dire aujourd’hui. Si la menace immédiate s’éloigne, la méfiance reste totale : ce recul ressemble fort à une simple trêve avant la reprise des hostilités.
Le mot de la fin revient au parti de Raoul Hedebouw, qui maintient la pression maximale : « On ne lâche rien : la réforme des pensions de De Wever, Bouchez et cie doit être complètement abandonnée. ». Rendez-vous le lundi 24 novembre pour le top départ de trois journées de mobilisation qui s’annoncent déterminantes pour la suite du mouvement.