Privée d’armée de réserve et confrontée à une « tactique à tiroirs » implacable, l’Ukraine approche d’un basculement stratégique. Un repli sur le Dniepr apparaît désormais comme l’option la plus réaliste, même si les spécialistes de plateau, notamment sur LCI, demeurent étrangement muets.
Un front qui se délite et un adversaire qui avance
La chute de Pokrovsk, puis celle de Koupiansk, a mis au jour l’incapacité de Kiev à reconstruire une ligne de défense cohérente. L’Ukraine n’a plus de réserves et chaque position abandonnée ouvre un nouveau vide que les Russes exploitent immédiatement. C’est exactement ce que Foch décrivait comme la « tactique à tiroirs » : un secteur qui cède en entraîne un autre, puis un troisième, et la rupture devient structurelle.
Autour de Myrnograd, les forces ukrainiennes sont partiellement encerclées. À l’est, la décomposition du secteur de Koupiansk compromet toute la défense de l’Oskil. Plus au sud, Siversk est menacée d’enveloppement, Lyman est attaquée sur plusieurs axes et Kostiantynivka, dernier verrou avant Sloviansk et Kramatorsk, ploie sous la pression.
Face à ces reculs successifs, l’avancée russe apparaît moins comme une percée spectaculaire que comme une progression continue, méthodique, qui profite de chaque faille laissée béante.
Zaporijjia affaiblie, le Dniepr en ligne de mire
La situation se dégrade également dans l’oblast de Zaporijjia. Autour d’Orikhiv, Robotyne et Shcherbaky, les Russes reprennent les positions perdues en 2023, accentuant la pression sur un front déjà saturé. Cette poussée oblige Kiev à étirer davantage des forces déjà insuffisantes.
Dans ces conditions, la perspective d’un repli stratégique sur le Dniepr s’impose progressivement comme la seule ligne défendable. Le fleuve, large et difficile à franchir, offre les meilleures garanties de stabilisation pour un pays qui n’a plus les moyens humains ni matériels de tenir sur plusieurs centaines de kilomètres. L’idée, longtemps impensable, circule désormais ouvertement parmi les spécialistes militaires – mais, curieusement, beaucoup moins sur les plateaux télévisés.
Une Ukraine épuisée : hommes, énergie, cohésion
L’effondrement militaire découle directement d’une réalité intérieure devenue inévitable. Le vivier humain est à sec : pertes massives, exode, classes d’âge amputées, désertions croissantes. Les mobilisations forcées n’apportent plus assez de renforts et la « bussification » démontre l’état de tension extrême de la société.
S’ajoute une crise énergétique sévère. Les infrastructures électriques, trop fragilisées, ne peuvent plus assurer un approvisionnement stable. Avant même l’hiver, plusieurs régions subissent déjà de longues coupures, ce qui complique les communications, la logistique et le quotidien des civils.
Enfin, le scandale Energoatom, impliquant des proches du pouvoir, pèse lourd sur le moral. Apprendre que des fonds destinés au secteur vital de l’énergie ont été détournés, alors que l’armée manque de moyens et que les villes manquent de chauffage, accélère la perte de confiance. Pendant ce temps, les stocks occidentaux d’artillerie se vident et la Chine limite les composants pour drones, réduisant encore les capacités ukrainiennes.
Une issue possible dès 2026
Le front ukrainien n’a plus de profondeur, plus de capacité de rotation, plus de moyens d’absorber les chocs successifs. Chaque recul ouvre automatiquement la voie au suivant.
Dans ce contexte, l’avancée russe sur plusieurs axes simultanés — Donbass, Koupiansk, Zaporijjia — accélère un processus déjà engagé depuis des mois. Pour inverser cette dynamique, il faudrait que l’Occident passe d’un soutien indirect à une implication directe, ce que ni Washington, ni les capitales européennes ne semblent prêtes à assumer.