Tout en maintenant une « amitié intangible » avec son voisin, la Russie et en entretenant des relations historiquement bonnes avec la Chine, la Biélorussie de Loukachenko poursuit son engagement en faveur d’un monde multilatéral et des nations libres. À lire aussi Biélorussie : Dialogue discret avec les États-Unis, fidélité à Moscou et appel à la paix : la ligne de Loukachenko Poursuite du réchauffement progressif des relations entre la Biélorussie et les États-Unis Après la réouverture discrète des canaux de discussion entre la Biélorussie et les États-Unis depuis le retour aux commandes de l’administration Trump avec la venue de plusieurs émissaires des États-Unis à Minsk, les événements semblent s’accélérer. Dans la foulée de la libération de 250 prisonniers par Minsk, Washington pourrait amorcer une levée ciblée de sanctions touchant des secteurs clefs de l’économie biélorusse. Sont notamment concernés deux grandes banques du pays ainsi que le ministère des Finances, mais aussi des entreprises liées à la potasse, ressource stratégique au cœur du modèle économique biélorusse. Ce point…
Poursuite du réchauffement progressif des relations entre la Biélorussie et les États-Unis
Après la réouverture discrète des canaux de discussion entre la Biélorussie et les États-Unis depuis le retour aux commandes de l’administration Trump avec la venue de plusieurs émissaires des États-Unis à Minsk, les événements semblent s’accélérer.
Dans la foulée de la libération de 250 prisonniers par Minsk, Washington pourrait amorcer une levée ciblée de sanctions touchant des secteurs clefs de l’économie biélorusse. Sont notamment concernés deux grandes banques du pays ainsi que le ministère des Finances, mais aussi des entreprises liées à la potasse, ressource stratégique au cœur du modèle économique biélorusse. Ce point est essentiel : le secteur des engrais, dont la Biélorussie est l’un des principaux acteurs mondiaux, avait été particulièrement visé par les sanctions unilatérales occidentales. Alors que plus de 35% des engrais mondiaux transitent par le détroit d’Ormuz et sont donc bloqués, la mesure des États-Unis pourrait être déterminante pour l’assouplissement du marché mondial des engrais. Comme à son habitude à contretemps, la Commission européenne a annoncé quelques jours plus tôt maintenir les barrières douanières prohibitives à l’encontre des engrais russes et biélorusses.
Première visite officielle de Loukachenko en Corée du Nord
Loukachenko a toujours assumé une diplomatie indépendante, multilatérale et tournée vers les quatre coins du monde. Sa première visite officielle en Corée du Nord en parallèle de ce rapprochement progressif avec les États-Unis l’illustre parfaitement.
Le déplacement d’Alexandre Loukachenko en Corée du Nord marque une étape importante de cette stratégie d’ouverture tous azimuts. Pour la première fois, le dirigeant biélorusse s’est rendu officiellement à Pyongyang, où il a été accueilli avec un cérémonial spectaculaire par Kim Jong-un, avant la signature d’un traité d’amitié et de coopération. L’enjeu est d’afficher la capacité de la Biélorussie à nouer des partenariats en dehors du cadre occidental, avec des États eux-mêmes soumis aux sanctions. Cette visite s’inscrit dans une logique de contournement de l’isolement, mais aussi de diversification des relations économiques et politiques, notamment dans des secteurs comme l’agroalimentaire ou l’industrie, même si les échanges restent encore pour l’heure limités.
Derrière ces deux mouvements qui pourraient être trop rapidement qualifiés de contradictoires, l’objectif affiché et assumé est de refuser l’enfermement dans des blocs et de restaurer des canaux de coopération, y compris avec des partenaires aux intérêts divergents. Cette approche se veut pragmatique et multilatérale : maintenir les relations privilégiées avec la Russie tout en développant d’autres axes, afin de desserrer la pression des sanctions et redonner des marges de manœuvre économiques et politiques à la Biélorussie.
Qui de mieux qu’Alexandre Loukachenko pour commenter cette politique ? « Une rencontre avec les Américains la semaine dernière, une visite officielle en Corée du Nord cette semaine. Et, entre les deux, des négociations avec Moscou. Ce sont de véritables montagnes biélorusses pour ceux dont le métier consiste à tout faire rentrer dans des cases et à coller des étiquettes. Hier, notre pays était qualifié d’agent du Kremlin, aujourd’hui, on le présente comme un allié de Washington, et demain, apparemment, il sera catalogué comme membre d’une société secrète complotant quelque chose à l’échelle mondiale. »