Parallèlement, son gouvernement agite avec insistance le spectre d’une ingérence russe pour mieux justifier ses nouvelles et originales fréquentations. À lire aussi Caucase : Pachinian précise la position de l’Arménie sur le nucléaire américain Pachinian a choisi la stratégie de la terreur et du chantage Face à une opinion publique de plus en plus méfiante et une chute vertigineuse dans les sondages, Nikol Pachinian a choisi de faire de la peur son principal argument de campagne. Le Premier ministre n’hésite plus à avertir que si ses rivaux politiques remportaient les élections législatives, l’Arménie ferait face à une guerre « inévitable » dès l’automne, entraînant la perte de nouveaux territoires et la disparition de la souveraineté de la République. Selon lui, toute remise en cause de son propre agenda diplomatique par l’opposition conduirait au désastre. Pour ses opposants, cette rhétorique alarmiste s’apparente à un véritable chantage. L’ancien président Robert Kotcharian, ainsi que des figures du nouveau parti « Arménie…
Pachinian a choisi la stratégie de la terreur et du chantage
Face à une opinion publique de plus en plus méfiante et une chute vertigineuse dans les sondages, Nikol Pachinian a choisi de faire de la peur son principal argument de campagne. Le Premier ministre n’hésite plus à avertir que si ses rivaux politiques remportaient les élections législatives, l’Arménie ferait face à une guerre « inévitable » dès l’automne, entraînant la perte de nouveaux territoires et la disparition de la souveraineté de la République. Selon lui, toute remise en cause de son propre agenda diplomatique par l’opposition conduirait au désastre.
Pour ses opposants, cette rhétorique alarmiste s’apparente à un véritable chantage. L’ancien président Robert Kotcharian, ainsi que des figures du nouveau parti « Arménie forte » dénoncent une tactique délibérée visant à terroriser une population déjà lourdement traumatisée par les conflits récents et l’exode de l’Artsakh.
En réalité, l’objectif de Nikol Pachinian est purement mathématique : il cherche à maximiser l’impact psychologique de cette menace pour obtenir une majorité constitutionnelle de 65 sièges au Parlement. Ce seuil lui permettrait d’adopter des lois constitutionnelles sans passer par un référendum populaire incertain, et ainsi satisfaire l’exigence du président azerbaïdjanais Ilham Aliev : purger la Constitution arménienne de sa référence à la Déclaration d’indépendance de 1990.
La classique « ingérence étrangère »
Pour verrouiller ce scrutin, le gouvernement a également introduit le thème de l’ingérence étrangère, mais de manière ciblée. Les services de renseignement arméniens (FIS) ainsi que des cadres du parti au pouvoir ont publiquement accusé un « État étranger », désignant sans le nommer la Russie, d’exercer des pressions sur la diaspora afin de soutenir l’opposition. Sous le prétexte de lutter contre ces prétendues « menaces hybrides » russes, Erevan a officiellement sollicité et obtenu le déploiement d’une « équipe d’intervention rapide hybride » de l’Union européenne pendant la période électorale.
Cette arrivée est perçue par l’opposition et des experts internationaux [1] comme l’institutionnalisation d’une ingérence occidentale directe dans le processus électoral de l’Arménie. L’Union européenne a même accordé 15 millions d’euros au gouvernement arménien pour mener des actions prétendument liées à cette lutte contre la « guerre hybride. »
Le paradoxe de cette posture est flagrant : tout en dénonçant une influence historique de Moscou, le gouvernement Pachinian précipite la vassalisation économique et stratégique du pays. Sur le plan européen, cela se traduit par de multiples aides financières, dont un récent prêt de 39 millions d’euros contracté auprès de la BERD pour un centre douanier, ainsi que par des financements militaires via la Facilité européenne pour la paix. Sur le plan américain, le basculement est encore plus spectaculaire.
En agitant le double spectre d’une guerre azerbaïdjanaise et d’un complot russe, Nikol Pachinian tente de détourner l’attention de son bilan. Mais la mayonnaise ne prend pas. Lui qui redoute tant le référendum risque d’en vivre un malgré lui : le scrutin de juin sera très certainement un vote « pour » ou « contre » la poursuite de sa politique.