Le texte du nouveau projet de Constitution arménienne est d’ores et déjà prêt, comme l’a récemment confirmé la ministre de la Justice, Srbuhi Galyan. Un texte dicté par Bakou et Washington ? Bien que le gouvernement entretienne encore le flou sur la publication intégrale du document et le maintien de son préambule, cette gêne à dévoiler le texte nous laisse entendre qu’il est loin de faire l’unanimité. Ilham Aliev, président de la République d’Azerbaïdjan, conditionne en effet la signature d’un accord de paix au retrait de toute référence à la Déclaration d’indépendance de 1990 dans la Constitution arménienne, y voyant une revendication territoriale sur le Haut-Karabakh. À lire aussi Caucase : Pachinian précise la position de l’Arménie sur le nucléaire américain En justifiant ce projet par la nécessité d’en finir avec « la logique du conflit », Nikol Pachinian acte un recul qui sert directement un agenda géopolitique plus vaste. En effet, un renouveau relationnel entre Bakou et Erevan est ardemment voulu par les États-Unis. Washington entend imposer à…
Un texte dicté par Bakou et Washington ?
Bien que le gouvernement entretienne encore le flou sur la publication intégrale du document et le maintien de son préambule, cette gêne à dévoiler le texte nous laisse entendre qu’il est loin de faire l’unanimité. Ilham Aliev, président de la République d’Azerbaïdjan, conditionne en effet la signature d’un accord de paix au retrait de toute référence à la Déclaration d’indépendance de 1990 dans la Constitution arménienne, y voyant une revendication territoriale sur le Haut-Karabakh.
En justifiant ce projet par la nécessité d’en finir avec « la logique du conflit », Nikol Pachinian acte un recul qui sert directement un agenda géopolitique plus vaste. En effet, un renouveau relationnel entre Bakou et Erevan est ardemment voulu par les États-Unis. Washington entend imposer à marche forcée son grand projet d’infrastructures commerciales, la « route Trump » (TRIPP), un vaste corridor logistique censé relier l’Asie à l’Europe en contournant l’Iran et la Russie. Pour s’assurer des retombées de ce projet dont ils détiendront 74 % des parts, les Américains exigent une région pacifiée.
Le dernier rapport annuel d’évaluation des menaces du Bureau du directeur du renseignement national américain, publié le 18 mars, qualifie d’« obstacles » à la paix les exigences d’Aliev concernant cette révision constitutionnelle. Washington juge en effet l’issue d’un éventuel référendum sur la question très incertaine, d’autant qu’il se tiendrait dans un contexte électoral déjà tendu, à l’approche des législatives arméniennes de juin. La nouvelle constitution pourrait s’imposer comme l’enjeu central du scrutin, un scénario dont Washington se passerait volontiers, tant une défaite de Pachinian dans les urnes contrarierait ses ambitions dans la région.
La mémoire nationale sacrifiée
Cette frénésie d’effacement, conçue pour ne surtout pas froisser le voisin azerbaïdjanais, s’accompagne de nombreuses polémiques. On observe désormais une censure active qui s’attaque aux institutions garantes de l’Histoire arménienne. Récemment, Edita Gzoyan a démissionné de son poste de directrice du prestigieux Musée-Institut du génocide arménien. Son seul tort a été d’avoir offert des ouvrages traitant du génocide et de l’Artsakh au vice-président américain J.D. Vance lors de son passage au mémorial.
Nikol Pachinian a reconnu avoir lui-même exigé ce licenciement, qualifiant le don de ces livres d’action « provocatrice » et contraire à la politique étrangère du gouvernement. Cet abus de pouvoir assumé révèle à quel point le Premier ministre souhaite museler toute évocation de l’Artsakh auprès des dignitaires étrangers. L’administration de Pachinian considère en effet que la question du Karabakh est officiellement close et n’hésite plus à sacrifier les libertés de ses chercheurs et l’identité de son peuple pour s’assurer d’être bien vue par Bakou.