Cette aliénation aux intérêts de Washington se matérialise par deux offensives : une remise en cause du monopole ferroviaire russe et une périlleuse escalade autour du secteur nucléaire. Nationaliser le rail arménien ? À lire aussi Zanguezour : 43 kilomètres qui pourraient déclencher une guerre… ou réinventer l’Eurasie Après la visite de J.D. Vance, le Premier ministre Nikol Pachinian a remis en question la gestion continue du réseau ferroviaire arménien par la société publique russe Russian Railways, qui exploite ces infrastructures depuis 2008 dans le cadre d’un contrat de concession de trente ans. Le gouvernement justifie cette remise en cause, arguant que le contrôle russe dissuade les pays occidentaux d’utiliser le territoire arménien à des fins de transit régional. Une prétendue quête de désenclavement qui cache mal une corrélation avec la récente visite américaine. Les responsables arméniens ont pour la plupart exclu la participation russe à ce projet de voie Trump, malgré la volonté du ministère russe des Affaires étrangères d’ouvrir le dialogue à ce sujet. Sergueï Choïgou,…
Nationaliser le rail arménien ?
Après la visite de J.D. Vance, le Premier ministre Nikol Pachinian a remis en question la gestion continue du réseau ferroviaire arménien par la société publique russe Russian Railways, qui exploite ces infrastructures depuis 2008 dans le cadre d’un contrat de concession de trente ans. Le gouvernement justifie cette remise en cause, arguant que le contrôle russe dissuade les pays occidentaux d’utiliser le territoire arménien à des fins de transit régional. Une prétendue quête de désenclavement qui cache mal une corrélation avec la récente visite américaine.
Les responsables arméniens ont pour la plupart exclu la participation russe à ce projet de voie Trump, malgré la volonté du ministère russe des Affaires étrangères d’ouvrir le dialogue à ce sujet. Sergueï Choïgou, secrétaire du Conseil de sécurité russe, a prévenu que le transfert de la gestion des chemins de fer à un pays tiers entraînerait « l’effondrement immédiat du réseau arménien », rappelant que la Russie y a injecté plus de trente milliards de roubles.
Loin de nationaliser son réseau, le gouvernement envisage de céder ses droits de gestion à d’autres puissances comme le Qatar, le Kazakhstan ou les Émirats arabes unis.
Le curieux choix de l’atome américain
Pour comprendre les enjeux autour de l’énergie nucléaire en Arménie, il faut revenir sur son histoire. Le pays dépend structurellement des importations de gaz russe pour subsister. La centrale de Metsamor, construite dans les années 1970, s’est donc imposée comme la colonne vertébrale du système électrique national.
Ce joyau de l’ingénierie soviétique fut pourtant mis à l’arrêt par précaution après le séisme de Spitak en 1988, plongeant le pays dans un blackout dramatique. En 1995, l’Arménie prit la décision historique et rare de redémarrer l’un de ses réacteurs VVER-440 pour sauver son économie. Aujourd’hui, si Metsamor assure toujours un tiers de la production d’électricité sous la surveillance rigoureuse de l’AIEA, l’obsolescence du site impose à Erevan un choix crucial pour la succession.
Le pays privilégie donc désormais la technologie des petits réacteurs modulaires (SMR). Ces unités de nouvelle génération, plus compactes et présentées comme intrinsèquement plus sûres, marquent une rupture stratégique : l’Arménie délaisse le modèle de la grande centrale unique pour une infrastructure plus flexible, censée être mieux adaptée à l’étroitesse de son réseau électrique national.
Lors de sa visite à Erevan, le vice-président J.D. Vance a scellé un protocole sur la coopération nucléaire civile, ouvrant la voie à la construction de SMR pour un coût pouvant atteindre près de neuf milliards de dollars. Loin d’incarner une présumée aide au développement, ces technologies seraient financées sous forme de crédit. Un choix qui dirigerait le peuple arménien vers le fardeau de la dette américaine.
L’absurdité de cette décision serait d’autant plus grande que ce programme est expérimental : les États-Unis ne disposent aujourd’hui d’aucune centrale modulaire fonctionnelle, à l’inverse de la Russie ou de la Chine. En parallèle, le directeur de la société russe Rosatom a récemment réitéré une offre de construction d’une centrale nucléaire à des conditions nettement plus avantageuses pour Erevan.
Face à cette ingérence de Washington, Sergueï Choïgou a déclaré que « la Russie sera contrainte d’envisager de nouveaux risques dans le domaine de la sécurité nucléaire si la construction des réacteurs américains entre dans une phase concrète ». Il est clair que Choïgou a pour objectif de mettre une pression sur Erevan pour qu’il revienne sur sa décision.
Mais, il est tout aussi clair qu’en cherchant à satisfaire les exigences américaines, Nikol Pachinian prend le risque immense de faire de son territoire le point de collision direct de plusieurs puissances.