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Dossier

L’Iran, carrefour des identités et des puissances

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Mise à jour le 19 mars 2026
Temps de lecture : 8 minutes

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Iran Histoire Eurasie Longs formats

L’Iran est une puissance complexe qui fascine et inquiète. Souvent dénoncée comme une menace ou réduite à une image d’archaïsme religieux, l’Iran est incompris. Cette perception occulte la complexité d’une nation héritière de la plus ancienne « entité politique, de type impérial, [...] apparue de façon définitive dans son emplacement actuel quelque trois ou quatre siècles avant que la Chine ne parvienne au stade d’État unique centralisé ».

Cet article est le premier volet d’un dossier sur l’Iran.

Au cœur de l’Eurasie, l’Iran se situe au carrefour de l’Europe, du Moyen-Orient, de l’Asie, de l’océan Indien et du Caucase. Cette position en fait le centre d’un vaste monde iranien, dont l’identité repose sur une culture millénaire, des Achéménides à l’ère safavide. La résilience de cette nation s’explique par sa capacité de résistance constante face aux ingérences et aux adversités.

Le bouleversement le plus récent reste la Révolution de 1979, un événement global marqué par l’émergence de l’islam politique. L’instauration de la République islamique est un paradoxe constant, combinant légitimité populaire et tutelle cléricale, un phénomène qui s’explique fondamentalement davantage par les pratiques des Iraniens que par la seule idéologie.

Une société en mouvement

Aujourd’hui, l’Iran traverse une période de profondes transformations. Ce pays figure parmi les plus peuplés du Moyen-Orient, avec près de 92 millions d’habitants, et se distingue par une jeunesse nombreuse ainsi qu’instruite. En 2020, environ 60 % de la population avait moins de 30 ans ; cette génération majoritairement urbaine et en prise directe avec le monde souffre cependant du chômage et des restrictions idéologiques. La très grande majorité des Iraniens souhaitent pouvoir accéder le plus rapidement possible à de nouvelles perspectives. L’Accord sur le programme nucléaire de 2015 a marqué la reconnaissance de l’Iran comme un acteur de plein droit de la vie internationale, ouvrant la porte à une potentielle renaissance.

Ce que la Perse nous dit de l’Iran contemporain

La République islamique d’Iran se définit souvent par ses quarante années d’existence post-révolutionnaire, occultant ainsi un héritage civilisationnel de plusieurs millénaires. En étudiant l’Empire perse, et en particulier le modèle centralisé des Achéménides, il apparaît que l’Iran contemporain est le prolongement d’une construction étatique fondée sur la gestion rigoureuse d’un territoire aride.

Loin d’être une rupture, la soif d’indépendance et la centralisation du pouvoir actuel s’inscrivent dans une tradition ancienne, où le contrôle des infrastructures était la clé de la survie.

Définir l’Empire perse

La désignation « Perse » est une appellation transmise par les Grecs de l’Antiquité, qui se réfère spécifiquement à la région appelée « Pars », ou Fârs aujourd’hui, d’où est issue la langue persane. C’est de ce territoire qu’est originaire la première dynastie impériale, les Achéménides, fondée autour de 556 av. J.-C. L’Empire achéménide (550-330 av. J.-C.), par sa longévité et son étendue, n’a été comparable qu’à l’Empire romain durant l’Antiquité.

Il se distinguait par la mise en place de structures politiques et militaires puissantes, incluant une administration efficace (organisée en satrapies), un système postal, des routes royales, un commerce organisé, le contrôle des espaces maritimes, et une idéologie impériale à vocation mondiale. Ce modèle d’organisation étatique impériale était historiquement lié à la nécessité de construire et de défendre des systèmes sophistiqués d’irrigation, les qanats, sur le plateau aride, ce qui exigeait la stabilité sociale, politique et la présence d’une armée. Les conquêtes menées par les dynasties iraniennes successives, comme celles des Parthes, des Sassanides et des Safavides, visaient principalement la protection de la terre-mère plutôt que l’assimilation ou la colonisation.

L’adoption officielle et internationale du nom d’« Iran » en 1935 par Réza Chah Pahlavi cherchait d’ailleurs à marquer une rupture avec une période perçue comme décadente et à affirmer le passage d’une forme d’État impériale et tributaire à un État-nation centralisé et bureaucratique.

La géographie perse dessine la politique de l’Iran

En ce qui concerne les continuités structurelles avec l’Iran contemporain, au-delà du cadre religieux islamique, plusieurs éléments hérités de cette longue histoire impériale et étatique persistent.

La première continuité fondamentale réside dans la permanence de l’État centralisé et fort. Quelle que soit la nature du régime (monarchie impériale ou République), l’État iranien a toujours manifesté une forte inclination à la centralisation. Le processus de construction d’un État-nation moderne, largement mis en œuvre par la dynastie Pahlavi au XXe siècle, a été poursuivi et renforcé par la République islamique.

Pour le géographe Bernard Hourcade, l’Iran est comparable à une « île ». Le plateau iranien forme le noyau de l’Iran, délimité par l’Indus, la Mésopotamie, la mer Caspienne et le golfe Persique. Ses couronnes de hautes montagnes captent les pluies, dont les eaux s’écoulent pour irriguer les piémonts fertiles, avant d’être finalement absorbées par les déserts centraux.

Historiquement, la stratégie consistait à contrôler les basses terres extérieures comme zones tampons afin de protéger le cœur du territoire iranien, une nécessité qui persiste. Les frontières actuelles, bien que tracées pour la plupart au XIXe siècle, ont fait preuve d’une stabilité remarquable.

Ainsi, la continuité la plus frappante n’est pas tant religieuse que géopolitique et étatique : la nécessité de maintenir un État souverain et centralisé, qui puise sa légitimité dans la défense de la nation historique. L’Iran agit comme un État-nation ancien, utilisant l’idéologie pour consolider des structures de pouvoir héritées de ses empires.

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