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Joey Sussman/shutterstock
Zanguezour

J.D. Vance à Erevan pour privatiser la souveraineté arménienne ?

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Mise à jour le 19 mars 2026
Temps de lecture : 7 minutes

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États-Unis Asie Iran Turquie Azerbaïdjan Arménie

L’image est lourde de sens : la tour de télévision de la capitale arménienne a été illuminée aux couleurs du drapeau américain pour accueillir J.D. Vance et son épouse. Un spectacle lumineux aux allures d’allégeance.

C’est un événement dans l’histoire diplomatique du Caucase du Sud : J.D. Vance est devenu ce lundi le premier haut responsable des États-Unis en exercice à se rendre en Arménie. Si cette visite est officiellement présentée comme une consolidation des accords de paix avec l’Azerbaïdjan, elle marque surtout un tournant décisif dans l’ancrage américain dans la région. Sous l’appellation commerciale de « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), Washington déploie un projet d’infrastructures qui soulève de sérieuses questions quant à la souveraineté de l’Arménie et à son indépendance face aux ambitions voisines. Ingérence ou aide au développement ? Cette première visite historique d’un vice-président américain ne se limite pas à la symbolique ; elle s’accompagne d’une offensive économique caractérisée. Lors de sa rencontre avec le Premier ministre Nikol Pachinian, J.D. Vance a annoncé l’arrivée massive de capitaux privés via la fondation TRIPP, évoquant un investissement initial de 5 milliards de dollars, suivi d’une tranche ultérieure de 4 milliards. Le Premier…

Sous l’appellation commerciale de « Trump Route for International Peace and Prosperity » (TRIPP), Washington déploie un projet d’infrastructures qui soulève de sérieuses questions quant à la souveraineté de l’Arménie et à son indépendance face aux ambitions voisines.

Ingérence ou aide au développement ?

Cette première visite historique d’un vice-président américain ne se limite pas à la symbolique ; elle s’accompagne d’une offensive économique caractérisée. Lors de sa rencontre avec le Premier ministre Nikol Pachinian, J.D. Vance a annoncé l’arrivée massive de capitaux privés via la fondation TRIPP, évoquant un investissement initial de 5 milliards de dollars, suivi d’une tranche ultérieure de 4 milliards. Le Premier ministre arménien, dont le soutien par Washington en vue des prochaines élections a été explicitement affiché, semble avoir accepté les conditions de cette manne financière.

Le cadre de mise en œuvre prévoit la création d’une société spéciale contrôlée par le gouvernement américain, chargée de construire et d’administrer les infrastructures ferroviaires et énergétiques le long de la frontière iranienne pour une durée d’au moins 49 ans.

Cette gestion externalisée de la région stratégique du Syunik, déjà amorcée par l’arrivée d’équipes de la société d’ingénierie américaine AECOM, transforme un enjeu de souveraineté nationale en une opportunité de marché pour les firmes d’outre-Atlantique, réduisant la marge de manœuvre de l’État arménien sur son propre sol.

Le spectre du « Grand Touran »

Derrière la sémantique marketing de la « Voie Trump », on reconnaît les contours du controversé « corridor de Zanguezour », épine dorsale du projet panturquiste. L’inquiétude est vive quant à la finalité de ce tracé qui relierait l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan via le sol arménien. La menace s’est précisée lors du Forum de Davos, où le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a soutenu le projet TRIPP, le qualifiant d’avatar du « corridor de Zanguezour » qu’il réclame depuis sa victoire militaire de 2020.


Le « corridor de Zanguezour », de quoi parle-t-on exactement ?

C’est un axe de transport qui relierait l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan en traversant la province arménienne du Syunik, au sud du pays, le long de la frontière iranienne. En apparence, il s’agirait d’un corridor ferroviaire et routier destiné à fluidifier les échanges régionaux après la guerre de 2020. En réalité, l’enjeu dépasse largement la logistique.

Depuis sa victoire militaire contre l’Arménie en 2020, Bakou réclame un passage extraterritorial — c’est-à-dire un couloir sur lequel Erevan n’exercerait pas un contrôle douanier plein et entier. Autrement dit, un morceau de territoire arménien neutralisé au profit d’un axe turco-azerbaïdjanais continu.

Pour l’Azerbaïdjan et la Turquie, ce corridor permettrait de relier sans discontinuité la mer Caspienne à l’Anatolie, puis à l’Europe. Pour l’Arménie, en revanche, le risque est important. Le Syunik est sa seule ouverture terrestre vers l’Iran. Y établir un corridor échappant au contrôle souverain d’Erevan reviendrait à fragiliser sa continuité territoriale et à réduire sa capacité d’arbitrage entre ses voisins.


Plus inquiétant encore pour l’indépendance nationale, Nikol Pachinian a cédé sur un point crucial : il a accepté l’exemption de tout contact direct entre les douaniers arméniens et les usagers du corridor aux postes-frontières, satisfaisant ainsi les exigences de Bakou.

Si l’Arménie peut espérer des retombées positives en termes d’emploi, de partenariats industriels et de transferts de compétences, ce choix est grandement à nuancer. En effet, l’absence d’avantage concurrentiel est réelle : l’Azerbaïdjan ayant conclu un accord identique, ces annonces ne confèrent à Erevan aucune exclusivité stratégique.

Pour de nombreux analystes, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Ara Ayvazyan, ce projet n’est qu’une étape vers l’intégration de l’Arménie dans une sphère d’influence turque, le « Grand Turan », menaçant l’Arménie. Cette dynamique d’effacement progressif n’est pas sans rappeler des tragédies historiques. Gardons à l’esprit que la volonté de dissoudre une identité nationale spécifique au sein d’un ensemble régional plus vaste a déjà été mise en œuvre par le passé. Ayons en tête le sort des Assyriens.

Une reconfiguration géopolitique contre l’Iran et pas que…

Enfin, la visite de J.D. Vance s’accompagne d’un nouveau volet sécuritaire. Outre les infrastructures civiles, le vice-président a confirmé l’approbation de la vente de technologies de drones de reconnaissance à l’Arménie pour un montant de 11 millions de dollars. Cette militarisation de la frontière sud, supervisée par Washington, est perçue par Téhéran comme une menace directe. Les autorités iraniennes redoutent que ce corridor ne serve de base arrière pour des opérations de surveillance menées par les services américains ou israéliens. Pour l’heure, aucune prise de parole américaine n’a eu pour objectif de rassurer sur ce point.

En cherchant à contrôler les flux logistiques du Syunik, les États-Unis tentent de marginaliser l’Iran et de priver la Chine et la Russie d’accès stratégiques. Le projet TRIPP est explicitement conçu pour servir de contrepoids aux nouvelles routes de la soie chinoises et pour torpiller le Corridor de transport international Nord-Sud (INSTC), soutenu par Moscou et New Delhi.

Il faut rappeler que l’Iran et l’Arménie sont deux pays qui ont toujours entretenu des relations amicales, Téhéran constituant la voie d’accès la plus sûre pour l’Arménie vers le commerce international et l’énergie. En cautionnant ce projet placé sous administration américaine, Erevan s’expose à une détérioration dangereuse de ses rapports avec ce voisin historique. Si l’Arménie se coupe de l’Iran pour satisfaire Washington, on peut craindre qu’elle se perde elle-même, isolée et à la merci de voisins qui n’ont jamais accepté son existence.

Autrement dit, la « voie Trump » n’est pas un chemin mais un mur, dont le président américain est coutumier, qui isole les pays désireux de construire hors de l’influence des États-Unis.

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