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Nouvelles routes de la puissance

Astrakhan, laboratoire de la Grande Eurasie en construction

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Mise à jour le 19 mars 2026
Temps de lecture : 4 minutes

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Coopérations Asie Eurasie

Réuni en novembre autour de plus de 400 représentants d’Asie, du Golfe, d’Afrique et d’Eurasie, le Forum international d’Astrakhan a confirmé l’ascension fulgurante du Corridor Nord-Sud (INSTC).

De la Russie à l’Inde, via l’Iran et l’Asie centrale, ce corridor devient l’axe stratégique d’une mondialisation qui se décentre, contournant les routes maritimes occidentales et structurant une nouvelle géopolitique commerciale.

C’est à Astrakhan que s’esquisse la nouvelle carte de l’Eurasie

Dans la ville-port qui domine le delta de la Volga, l’édition 2025 du Forum international d’Astrakhan a fonctionné comme un révélateur : l’INSTC n’est plus une vision, mais la colonne vertébrale d’un basculement géoéconomique en cours.

Autour de la Russie, de l’Iran et de l’Inde — fondateurs historiques depuis 2000 — se sont rassemblés les représentants d’une dizaine de pays du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique de l’Est, tous attirés par une même promesse : un corridor ferroviaire et maritime capable de relier la Baltique, le golfe Persique et l’océan Indien sans emprunter les lignes dominées par l’Occident.

Les échanges du forum ont donné un cadre lisible à cette ambition. Pour Dmitry Birichevsky, du ministère russe des Affaires étrangères, l’INSTC est désormais un « outil de sécurité économique », destiné à garantir l’accès aux marchés du Sud global alors que les sanctions et les pressions géopolitiques reconfigurent les routes traditionnelles. Ilya Volynsky, représentant la région d’Astrakhan, a insisté sur la demande croissante de fret : 18 millions de tonnes transportées en 2022, 27 millions en 2024, et une projection à 46 millions d’ici 2030.

L’objectif fixé par décret présidentiel — augmenter d’au moins 1,5 fois les volumes sur les corridors internationaux d’ici 2030 — façonne déjà les investissements. Ports fluviaux modernisés, hubs logistiques en expansion, lignes ferroviaires rénovées : Astrakhan apparaît comme la matrice d’une Eurasie intégrée, où les flux ne convergent plus vers l’Europe mais s’étirent du Kazakhstan à l’Inde, de la Russie à l’Afrique de l’Est.

Le terrain le confirme : des convois réguliers entre Russie et Iran

Quelques jours avant le forum, un événement est venu matérialiser ce qui, depuis des années, relevait surtout du discours stratégique. Le 4 novembre 2025, un train de fret russe est arrivé à la plateforme d’Aprin, près de Téhéran. Treize jours de trajet, 62 conteneurs, un itinéraire passant par le Kazakhstan et le Turkménistan : ce convoi inaugure une ligne régulière entre les deux pays, avec un train attendu désormais tous les dix jours.

Ce n’est pas un simple symbole. L’arrivée à Aprin — plateforme logistique inaugurée en mai 2025, l’une des plus modernes du pays — montre que l’Iran devient un pivot structurant du corridor. Les flux ferroviaires, autrefois marginaux, dessinent une alternative robuste à la route maritime via le canal de Suez : moins de temps, moins de risques, moins de dépendance aux infrastructures contrôlées par les puissances occidentales.

En réalité, l’INSTC répond à un double objectif :

  • réorienter les échanges vers les nouveaux pôles industriels de l’Asie,
  • doter la Russie, l’Iran et l’Inde d’une route stratégique résiliente, hors du champ d’influence occidental.

Autour de ce noyau dur, le cercle des intéressés s’élargit. La Tanzanie, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis et l’Indonésie ont participé aux discussions d’Astrakhan, signe que le corridor ne concerne pas uniquement l’Eurasie, mais une recomposition plus large du Sud global.

L’INSTC, un corridor qui change l’équation géopolitique

  • Temps réduit d’un tiers entre la Russie et l’Inde par rapport à la voie maritime via Suez.
  • Résilience face aux sanctions : Moscou et Téhéran affirment leur autonomie logistique.
  • Hub iranien : Aprin et Bandar Abbas deviennent des nœuds de redistribution majeurs pour l’Afrique de l’Est et l’Asie.
  • Dynamique Sud-Sud : le corridor attire de nouveaux acteurs du Golfe et d’Afrique, renforçant un espace non occidental intégré.

L’INSTC n’est plus un projet. C’est une architecture de puissance qui redessine les échanges mondiaux.

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