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Chintung Lee/shutterstock
Souveraineté financière

Pourquoi le CIPS chinois compte davantage que les nouvelles monnaies des BRICS+

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Mise à jour le 31 janvier 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Chine BRICS Monnaie CIPS

On parle souvent de « dédollarisation » et de « monnaie BRICS », comme si l’enjeu était de remplacer le dollar par une autre devise. En réalité, la bataille financière mondiale se joue ailleurs : dans les infrastructures qui permettent à l’argent de circuler.

C’est ce que révèle le rôle central du CIPS, le système chinois de règlement des paiements transfrontaliers, devenu en quelques années la pièce maîtresse de l’autonomie financière du Sud global.

La dépendance invisible aux autoroutes financières occidentales

Depuis des décennies, le commerce international fonctionne selon une architecture dominée par l’Occident. Acheter du pétrole, des machines ou des céréales implique non seulement de choisir une monnaie (souvent le dollar), mais aussi de faire transiter le paiement par des infrastructures bancaires internationales. Le réseau SWIFT, messagerie bancaire mondiale née en Europe mais étroitement imbriquée aux banques américaines, est une pièce centrale de ce dispositif.

Lorsqu’un pays est sanctionné, le blocage ou l’exclusion de SWIFT devient une arme décisive : l’Iran en 2018 ou la Russie en 2022 en ont fait l’expérience. Ce n’est pas la valeur de leur monnaie qui s’est effondrée en premier, mais leur capacité à payer et être payés qui a été entravée. Cette situation a mis en lumière une vulnérabilité souvent ignorée : un pays peut gérer une monnaie instable, mais il ne peut pas fonctionner si ses paiements sont coupés. C’est précisément cette dépendance que le Sud global cherche à corriger.

La réponse des BRICS+ : construire leurs propres routes de paiement

Dans ce contexte, la Chine a lancé en 2015 le CIPS (Cross-border Interbank Payment System) pour permettre le règlement des transactions internationales en yuan sans passer par le système de compensation en dollars. Ce système a connu une accélération notable après 2022, avec l’élargissement des BRICS+, les sanctions contre la Russie, et le besoin croissant d’options alternatives pour l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Amérique du Sud.

Contrairement à une idée répandue, le CIPS n’est pas un « clone » de SWIFT, ni un remplacement immédiat. SWIFT est un réseau de messagerie qui transmet des instructions entre banques ; le CIPS est un système de règlement qui permet d’exécuter et de compenser des paiements en yuan.

Aujourd’hui, les deux coopèrent puisque près de 80 % des transactions du CIPS utilisent encore la messagerie SWIFT, par le biais d’un protocole officiel qui existe entre les deux. Cette articulation montre que la Chine ne cherche pas une rupture brutale, mais une capacité autonome qui lui permet de ne pas dépendre entièrement des circuits occidentaux.

Sur le terrain, le CIPS avance pragmatiquement. En Afrique, l’Afrique du Sud l’a adopté via la Standard Bank Group, tandis que l’Égypte a connecté ses échanges avec la Chine au CIPS, et qu’Afreximbank est devenue participante directe. Au Brésil, une part croissante du commerce sino-brésilien se règle en yuan et en réal, sans passer par le dollar. Et ce mouvement n’a rien de théorique ; il fait baisser les coûts de transaction, réduit les risques géopolitiques et redonne de la liberté financière.


Pourquoi l’UNIT et les monnaies alternatives passent au second plan

Les médias occidentaux se focalisent parfois sur les innovations monétaires des BRICS : UNIT (unité de compte adossée à l’or et à un panier de devises), règlements en monnaies locales, discussions sur une « monnaie BRICS », etc. Ces instruments existent, mais à court terme ils restent symboliques. Aucun pays n’imagine remplacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale du jour au lendemain.

Pour le Sud global, l’enjeu le plus urgent n’est pas d’inventer une nouvelle monnaie, mais de sécuriser le flux. Un pays sous sanctions, ou fortement dépendant des importations alimentaires et énergétiques, ne cherche pas un étalon-or : il cherche à pouvoir payer. La capacité de régler une transaction est, dans les faits, plus stratégique que l’unité de compte utilisée.

Le cœur de la multipolarité financière

La nouveauté introduite par les BRICS+ n’est donc pas monétaire pour le moment, mais infrastructurelle. Aux banques de développement et fonds souverains s’ajoutent désormais des rails financiers capables de contourner le système de compensation en dollars. Pour la première fois depuis les années 1970, une grande puissance, la Chine, propose une infrastructure opérationnelle, rapide (règlement en 300 millisecondes), fonctionnant en RTGS (settlement en temps réel), ouverte 24h/24, et déjà adoptée par plus de 1 680 institutions dans plus de 120 pays. Ce que révèle le CIPS, c’est que la multipolarité ne commence pas par le remplacement du dollar, mais par la construction de routes alternatives et concurrentes, indépendantes et souveraines, capables d’assurer la continuité des transactions financières même en cas d’exclusion du système SWIFT.

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