Depuis 2023, le G20 s’est doté d’un mécanisme discret mais décisif : une table ronde scientifique associant chercheurs, experts et responsables publics. Pour Irina Kuklina, cette évolution traduit une réalité incontournable : aucun pays, même parmi les grandes puissances, ne peut affronter seul les défis contemporains. Transition énergétique, systèmes de santé modernes, adaptation au changement climatique, gestion de l’eau ou technologies numériques nécessitent un niveau de coopération inédit.
Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, cette plateforme apparaît comme l’un des rares espaces où le dialogue reste possible. La science, parce qu’elle repose sur un langage commun, permet de dépasser les rivalités politiques. Le G20, longtemps dominé par les questions macroéconomiques, pourrait ainsi devenir un lieu d’harmonisation des politiques scientifiques et technologiques, au service des besoins humains plutôt que des seules logiques de puissance.
Les pays BRICS, nouveaux acteurs d’une coopération décentralisée
Pour Kuklina, la dynamique scientifique du G20 évolue sous l’impulsion des BRICS. C’est un point essentiel. Avec la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie, le centre de gravité se déplace vers les pays capables d’allier capacités technologiques, masse démographique et territoires immenses où persistent des inégalités d’accès aux services essentiels.
Pour ces États, l’innovation doit atteindre les zones rurales, les hameaux isolés, les régions où la médecine manque et où l’énergie reste instable. Le but n’est pas seulement de développer des solutions, mais de les déployer dans des contextes où elles transforment réellement la vie quotidienne : micro-réseaux solaires, télé-médecine, diagnostics automatisés, systèmes agricoles intelligents, gestion fine des ressources hydriques.
Cette approche Sud-Sud — technologies adaptées, formation locale, mutualisation des recherches — dessine un modèle alternatif aux circuits occidentaux. Johannesburg pourrait consacrer ce basculement avec un G20 où la coopération scientifique n’est plus un volet secondaire, mais un pilier stratégique.
Pourquoi la science devient centrale dans la gouvernance mondiale
1. Défis transfrontaliers
Climat, pandémies, énergie : aucune frontière ne protège des crises globales.
2. Montée des économies du Sud
Les BRICS disposent de capacités scientifiques toujours plus grandes — laboratoires, universités, ingénierie — et demandent une gouvernance plus équitable.
3. Besoin de solutions adaptées
Les technologies importées ne répondent pas toujours aux réalités des zones rurales, des milieux tropicaux ou des régions isolées.
4. Souveraineté technologique
Co-développement, partage de brevets et recherche conjointe permettent d’éviter la dépendance aux chaînes de valeur occidentales.