Selon les chiffres officiels publiés à Hanoï, l’économie vietnamienne a progressé de 8,02 % sur l’année. Après un trou d’air en 2024, la dynamique s’est nettement accélérée, portée par un triptyque désormais bien identifié services, construction et industrie exportatrice. L’industrie à elle seule a vu sa valeur ajoutée croître de près de 9 %, contribuant à plus d’un tiers de la croissance totale. Un niveau inédit depuis 2019.
Washington durcit, Hanoï s’adapte
Cette résistance surprend d’autant plus que les États-Unis, premier marché d’exportation du pays, ont durci leur politique commerciale. L’accord conclu à l’été 2025 a certes limité la casse, avec des droits de douane plafonnés à 20 % au lieu des 40 % initialement annoncés, mais le choc était réel pour une économie largement tournée vers l’export. Textiles, chaussures de sport, électronique grand public, autant de secteurs exposés aux décisions de Washington.
Pourtant, les chiffres du commerce extérieur restent impressionnants. Les exportations ont bondi de 17 % sur un an, frôlant les 475 milliards de dollars, tandis que les importations progressaient encore plus vite, signe d’un appareil productif en expansion. Les chaînes de valeur se sont adaptées. Une part croissante de la production mondiale de chaussures de sport, mais aussi d’équipements électroniques et de consoles de jeux, est aujourd’hui assemblée au Vietnam, souvent en substitution de la Chine. L’électronique figure parmi les secteurs les plus dynamiques de l’année.
Industrie et chaînes de valeur en recomposition
Au-delà des exportations, le marché intérieur joue un rôle de plus en plus central. Consommation, investissement privé et dépenses publiques ont amorti les chocs extérieurs. Pour Chad Ovel, associé chez Mekong Capital, cette trajectoire « reflète des fondamentaux solides et une orientation favorable au secteur privé », dans un pays où l’État pilote étroitement les priorités économiques.
La structure même de la croissance illustre cette mutation. En 2025, les services ont représenté plus de la moitié de la contribution à la croissance, tirés notamment par un tourisme revenu à des niveaux record. L’industrie et la construction pèsent désormais près de 38 % du PIB, contre un peu plus de 11 % pour l’agriculture, malgré des conditions climatiques difficiles. À prix courants, le PIB vietnamien dépasse désormais les 500 milliards de dollars, avec un revenu par habitant en nette progression.
Une leçon pour beaucoup
Surtout, beaucoup regardent déjà au-delà. Pour Michael Kokalari, économiste en chef de VinaCapital, le pays entre dans un nouveau cycle. Les effets des grands projets d’infrastructures et des réformes dites de « Renouveau 2.0 » devraient pleinement se matérialiser en 2026. Rationalisation administrative, déblocage du marché immobilier, mais aussi montée en gamme technologique et premiers usages industriels de l’intelligence artificielle dessinent un horizon ambitieux.
Le Vietnam avance sans bruit mais avec méthode. Sa croissance n’est pas un miracle. Elle est le produit d’une stratégie industrielle patiente, d’une insertion maîtrisée dans les échanges mondiaux et d’un État qui, loin de se retirer, continue d’organiser le développement. Une leçon que d’autres économies, en Europe notamment, feraient bien d’observer de près.