Ce basculement, relevé par la presse américaine, consacre la montée en puissance scientifique de la Chine et la perte d’influence relative des établissements américains.
Une domination chinoise sans précédent
Le millésime 2025 du classement Leiden, fondé exclusivement sur des indicateurs bibliométriques, consacre un paysage nouveau. L’Université du Zhejiang (Hangzhou) s’empare de la première place mondiale, suivie par Shanghai Jiaotong. Harvard, longtemps figure tutélaire de la recherche internationale, recule à la troisième position. Seule exception non chinoise dans le top 10 : l’Université de Toronto, qui sauve un semblant de présence occidentale au plus haut niveau.
Le classement Leiden en bref
Le CWTS de l’Université de Leiden analyse les publications indexées dans Web of Science. Il se distingue des classements QS ou Shanghai en excluant toute dimension subjective (réputation, enquêtes d’employeurs, prestige).
Les indicateurs clés sont : volume de publications, proportion d’articles dans le top 1 % et 10 % les plus cités, collaborations internationales et accès ouvert. Résultat : un classement centré sur la performance scientifique réelle, particulièrement sensible aux dynamiques de recherche émergentes.
Cette domination chinoise n’est pas un accident statistique mais l’aboutissement d’une stratégie à long terme. Depuis quinze ans, la Chine a investi massivement dans ses universités, leur fournissant laboratoires ultramodernes, financements pluriannuels et incitations à la publication dans les revues de premier rang. Le résultat est spectaculaire : explosion du volume de publications, mais surtout croissance de la part des articles les plus cités, critère clé du classement Leiden qui privilégie l’impact scientifique plutôt que la réputation.
Le signal d’alarme américain
Le New York Times note avec inquiétude cette progression chinoise, qu’il met en parallèle avec le recul relatif des universités américaines. La chute de Harvard cristallise ce mouvement. D’ancienne championne incontestée du prestige académique, elle devient le symbole d’un système en perte de vitesse sur les métriques objectives.
La presse américaine attribue ce tassement à plusieurs facteurs : sous-investissement public, dépendance trop importante aux financements privés, inflation des coûts universitaires, mais aussi « brain drain » inversé de chercheurs chinois formés aux États-Unis et repartant construire leur carrière dans les laboratoires de Shanghai, Hangzhou, Wuhan ou Pékin.
Au-delà du symbole, la bascule Leiden révèle un déplacement du centre de gravité scientifique mondial. La Chine excelle dans des domaines stratégiques : IA, photonique, matériaux avancés, biotechnologies, énergie et environnement. Ces secteurs correspondent à ses priorités industrielles et géopolitiques, ce qui renforce l’intégration recherche-industrie-État. Le Canada, avec Toronto, profite quant à lui de son positionnement fort en IA et en santé, consolidé par les réseaux universitaires autour du Vector Institute.
Ce classement met donc en lumière un changement d’époque. L’ère où la domination académique américaine allait de soi est révolue. Désormais, l’impact scientifique se mesure en laboratoires financés, en articles cités et en talents attirés, bien plus qu’en réputation historique. Et sur ce terrain, la Chine joue désormais en tête de peloton.