La déclaration de Sanae Takaichi, qui provient de l’aile militariste de la politique japonaise, s’explique tout à la fois par la fragilité de son gouvernement (le PLD n’a plus de majorité), son intérêt personnel à consolider sa position en maniant un certain populisme, et sa récente reddition face à Donald Trump, qui a imposé un accord nettement défavorable à un Japon en grande difficulté économique.
En effet, les problèmes s’accumulent pour le Japon : chute du yen, baisse du pouvoir d’achat, aggravation de la dette publique (240 % du PIB), pénuries de main-d’œuvre, baisse des exportations, croissance quasi nulle, énormes engagements financiers au profit des États-Unis d’Amérique… Ajoutez à cela le vieillissement de la population, ce n’est pas vraiment un contexte propice pour montrer les muscles et proférer des menaces militaristes.
Malgré tout, la Première ministre recherche un gain politique intérieur en provoquant la Chine de la sorte, ce qui est une vue assez court-termiste.
Le poids de l’histoire
Pourtant, le Japon a pris de nombreux engagements, après la défaite du fascisme, qui lui interdisent cette position sur Taïwan.
La position officielle du Japon
- L’article 9 de la Constitution japonaise consacre le renoncement « à jamais » à la guerre, à la menace et à l’usage de la force dans les conflits internationaux, au maintien d’un potentiel militaire.
- La Déclaration de Potsdam de 1945, dans son article 8, stipule que le Japon doit rendre tous les territoires qu’il a occupés de manière illégale, comme c’est le cas de Taïwan.
- Dans la déclaration conjointe sino-japonaise de 1972, le gouvernement japonais « reconnaît le gouvernement de la République populaire de Chine comme le seul gouvernement légal de la Chine » et rappelle le respect de la Déclaration de Potsdam.
- Ces engagements ont été réitérés en 1978, 1998, et 2008 dans plusieurs déclarations et traités communs.
Beijing a protesté ces derniers jours contre la provocation japonaise, en demandant aux millions de touristes chinois au Japon d’annuler leurs visites sur l’archipel. La Bourse de Tokyo a immédiatement réagi en faisant plonger le secteur du tourisme. Reste à voir si les tensions sino-japonaises ne vont pas entraîner des conséquences sur l’industrie automobile japonaise déjà fragilisée.
Le gouvernement japonais prend des risques considérables à suivre Washington dans son affrontement avec la Chine. L’histoire enseigne pourtant le sort peu enviable des gouvernements qui, du Vietnam du Sud à l’Ukraine, mènent les guerres de procuration de l’impérialisme américain.