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Oleg Botov/shutterstock
Mondialisation

La Chine ouvre un nouveau corridor vers l’Amérique du Sud

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Chine Australie

En inaugurant le vol aller simple le plus long au monde entre Shanghai, Auckland et Buenos Aires, China Eastern ne se contente pas d’établir un record technique. Pékin construit un corridor aérien inédit entre l’Asie et l’Amérique du Sud, réduisant de quatre heures le temps de trajet et tissant une nouvelle géographie de la mondialisation à son avantage.

Une avancée commerciale, diplomatique et symbolique qui accompagne l’essor des échanges Sud-Sud.

Un pont aérien qui redessine les flux du commerce mondial

Avec près de 20 000 kilomètres parcourus, le vol MU745 franchit une étape logistique non négligeable. En reliant Shanghai à Buenos Aires via un « couloir sud » passant par Auckland, la Chine contourne les routes historiques du Nord fondées sur les hubs européens et nord-américains. Le gain est spectaculaire : le trajet passe de 30 à 25 heures, ce qui modifie profondément la connectivité entre deux régions qui, malgré leur proximité croissante sur le plan commercial, demeuraient séparées par des itinéraires mal optimisés.

Cette nouvelle route aérienne accompagne l’essor du commerce Chine–Amérique du Sud, multiplié par 26 en vingt ans. Soja, lithium, cuivre, viande, énergie : le continent sud-américain est devenu l’un des piliers des chaînes d’approvisionnement chinoises, tandis que les exportations industrielles chinoises dominent une partie du marché sud-américain.

Le vol MU745 devient alors plus qu’un simple trajet, mais un instrument d’intégration économique qui fluidifie les flux de marchandises, les déplacements d’ingénieurs, d’investisseurs et de diplomates.

Un geste diplomatique qui renforce l’ancrage de Pékin dans le Sud global

L’ouverture de cette ligne s’inscrit clairement dans la diplomatie des « corridors » menée par Pékin : infrastructures portuaires, ferroviaires, numériques, énergétiques… et désormais aériennes. Pour l’Argentine, plongée dans une crise politique et économique durable, l’arrivée d’un vol régulier reliant directement son territoire à la première puissance manufacturière mondiale représente une opportunité rare pour attirer des capitaux, renforcer le tourisme, consolider les exportations agroalimentaires.

Le choix d’Auckland comme escale n’est pas anodin. Il illustre la montée en puissance des routes du Pacifique Sud, région longtemps périphérique devenue un espace de compétition stratégique. Le geste est aussi culturel : ouvrir un « pont aérien » Sud-Sud, reliant trois continents sans passer par les hubs traditionnels du Nord, c’est affirmer la maturité d’une mondialisation alternative centrée sur l’Asie.

Pour Pékin, c’est un signal politique. La Chine n’est plus seulement une puissance exportatrice, mais un architecte de réseaux. En reliant l’Amérique du Sud par les airs, elle démontre sa capacité à réorganiser les flux mondiaux selon ses propres priorités — logistiques, géo-économiques et diplomatiques.

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