« Le Gouvernement révolutionnaire de Cuba condamne dans les termes les plus énergiques la nouvelle escalade de l’administration étasunienne qui vise à imposer un encerclement absolu aux livraisons de carburants à notre pays. » L’ordre exécutif signé le 29 janvier 2026 par le président des États-Unis instaure une prétendue « urgence nationale » permettant de sanctionner tout pays exportant du pétrole vers Cuba. Autrement dit, Washington ne se contente plus de bloquer directement l’île. Il menace, fait chanter et punit des États tiers.
Une logique impériale résumée ainsi par La Havane : « Les États-Unis s’arrogent le droit d’ordonner à des États souverains avec quelles nations ils peuvent faire du commerce et vers lesquelles ils peuvent exporter leurs produits nationaux. »
Les premières sanctions remontent à 1960, sous Dwight D. Eisenhower, après les nationalisations et la réforme agraire. En février 1962, John F. Kennedy officialise l’embargo total. À l’époque, les États-Unis absorbaient encore l’essentiel du commerce cubain. Un mémo interne du département d’État évoquait déjà la nécessité de provoquer « faim, désespoir et renversement du gouvernement ».
Depuis, l’arsenal s’est épaissi. Lois Torricelli, Helms-Burton, sanctions financières, restrictions bancaires, pressions sur les assureurs, sur les armateurs, sur les fournisseurs de carburant. Ces dernières années, 243 nouvelles mesures ont été ajoutées, donnant au blocus un caractère ouvertement punitif et vindicatif.
Aujourd’hui, Washington va plus loin encore. Il ne se contente plus d’empêcher Cuba d’acheter du pétrole. Il menace ceux qui accepteraient de lui en vendre.
Le prétexte sécuritaire comme arme politique
Pour justifier cette escalade, la Maison-Blanche ressort un argument usé jusqu’à la corde. Cuba constituerait une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis. Pour Cuba, il est pourtant évident que « Le président en personne et son gouvernement savent pertinemment que personne ou quasiment personne ne peut croire à des arguments si mensongers. »
Il faut mesurer l’absurdité de l’accusation. Cuba ne dispose d’aucune capacité de projection militaire contre les États-Unis. Elle n’attaque aucun pays. Elle n’est visée par aucune sanction internationale. La Havane rappelle que « Cuba ne menace ni n’attaque aucun pays. Elle est un pays de paix, de solidarité et de coopération. »
En réalité, ce n’est pas la sécurité des États-Unis qui est en jeu, mais l’existence même d’un pays qui a choisi, depuis 1959, de sortir de l’orbite impériale.
Une guerre économique aux effets très concrets
Le blocus n’est pas un concept abstrait. Il se traduit par des hôpitaux qui manquent de médicaments, des centrales électriques privées de pièces de rechange, des navires qui refusent d’accoster, des banques qui ferment des comptes, des entreprises qui renoncent à commercer par peur de représailles.
Les pertes cumulées pour Cuba sont estimées à plus de 144 milliards de dollars. Ces chiffres ne disent pas tout. Ils ne mesurent ni les souffrances, ni les retards technologiques imposés, ni les vies perdues faute d’accès à des traitements brevetés.
La déclaration des autorités cubaines en déduit que « L’impérialisme se berne lui-même quand il pense que, en exerçant sa pression économique criminelle et en s’acharnant à causer des souffrances à des millions de personnes, il va lui faire plier le genou. »
Un isolement politique de Washington
Chaque année, l’écrasante majorité de l’Organisation des Nations unies condamne le blocus. Chaque année, Washington passe outre. Cette obstination dit quelque chose de l’état réel de la « communauté internationale » telle qu’imaginée par l’Oncle Sam. D’un côté, des peuples et des États qui rejettent la punition collective. De l’autre, une puissance qui persiste seule ou presque. Pour La Havane, « L’ordre exécutif du président des États-Unis constitue par conséquent une violation flagrante du droit international. »
Cuba, toujours debout
Il y a, dans cette déclaration, autre chose qu’une dénonciation. Il y a une ligne politique, une continuité historique et un appel à la résistance. « Les différentes administrations étasuniennes ne sont pas parvenues, en soixante-sept ans, à contraindre Cuba à la reddition et à détruire un processus politique et révolutionnaire authentique et légitime. »
Cuba réaffirme sa disponibilité au dialogue, mais un dialogue fondé sur l’égalité souveraine et la non-ingérence. Pas sur la capitulation. Et elle conclut comme elle a toujours conclu : « Notre décision reste unique et invariable : La Patrie ou la mort ! Nous vaincrons ! »
Malgré l’asphyxie, malgré les pénuries, malgré l’encerclement, Cuba continue d’exister. Et, pour Washington, c’est sans doute cela le véritable scandale.