Depuis janvier, Cuba n’avait tout simplement plus accès à ses approvisionnements habituels. Sous pression américaine, le Mexique a suspendu ses livraisons, tandis que la situation au Venezuela – autre fournisseur historique – s’est brutalement dégradée après le kidnapping de Nicolás Maduro. Résultat : pénuries, coupures d’électricité à répétition et économie au ralenti.
L’arrivée de ce pétrolier change immédiatement la donne. À court terme, cette cargaison pourrait permettre de relancer la production d’électricité et d’assurer les besoins essentiels pendant plusieurs jours. Mais au-delà de l’urgence, c’est un verrou politique qui saute.
Car ce navire n’aurait jamais dû atteindre les eaux cubaines. L’administration de Donald Trump a pourtant choisi de ne pas bloquer son passage, malgré un dispositif de sanctions renforcé ces dernières semaines contre les pays livrant du pétrole à Cuba. Un responsable américain l’a confirmé au New York Times, tandis que le président lui-même a minimisé l’événement, déclarant que ces livraisons n’avaient « aucune importance ».
Difficile de ne pas y voir un aveu. Depuis plusieurs mois, Washington tente d’imposer un véritable blocus énergétique à l’île. Objectif : asphyxier le pays en coupant ses approvisionnements en carburant. Mais dans les faits, cette stratégie se heurte à une réalité plus complexe.
D’abord parce que la situation humanitaire devient difficilement tenable. À Cuba, des milliers d’opérations médicales sont reportées faute d’électricité stable, tandis que les transports et l’activité économique sont profondément désorganisés. Ensuite parce que d’autres acteurs entrent en scène.
La Russie assume désormais ouvertement son soutien, qualifiant ces livraisons d’aide humanitaire. La Chine, de son côté, a déjà envoyé plusieurs cargaisons de riz ces dernières semaines. Autrement dit, le blocus américain n’est plus hermétique.
Ce qui se joue ici est donc plus large. L’arrivée de ce pétrolier est une nouvelle illustration du basculement progressif du rapport de force international. Là où, hier encore, Washington pouvait imposer un isolement quasi total, il doit désormais composer avec des puissances capables de contourner – ou de défier – ses sanctions.
Cuba, de son côté, tient. Malgré des conditions extrêmement dures, l’île parvient à maintenir ses structures essentielles et à mobiliser des soutiens extérieurs. C’est précisément cette capacité de résistance qui rend possible ce type d’initiative.
Ce 30 mars, avec l’entrée de l’Anatoly Kolodkin dans le port de Matanzas, ce n’est pas seulement une cargaison de pétrole qui arrive. C’est une brèche qui s’ouvre dans un dispositif de pression que l’on aurait pu croire verrouillé.