Ce texte dit tout haut ce que les États-Unis pratiquaient parfois plus discrètement : maintenir leur domination mondiale par la force, le chantage économique, la subordination politique et la prédation des ressources naturelles. Ceux qui jouaient les autruches sont désormais mis devant la réalité cruelle. Analyse des grandes lignes de ce manifeste trumpien pour l’impérialisme du XXIème siècle.
Là où Clinton, Obama ou Biden maquillaient l’empire sous des mots comme « multilatéralisme » ou « promotion de la démocratie », Trump assume sans détour un monde hiérarchisé avec les États-Unis au sommet. Il s’agit d’un impérialisme sans masque, mais pas d’un impérialisme nouveau.
Continent Américain : le corollaire Trump, une nouvelle doctrine Monroe, en pire
Dans la National Security Strategy 2025, l’administration Trump formalise ce que l’Amérique pratique depuis un siècle : le droit autoproclamé de contrôler le continent américain. Cette corollaire Trump n’est rien d’autre qu’un remake assumé de la doctrine Monroe, débarrassé de ses oripeaux civilisationnels.
Washington s’y présente comme le gardien exclusif de l’hémisphère, légitime à intervenir partout dès qu’un gouvernement ose mener une politique indépendante. Il est important de souligner que la nouveauté ne réside pas dans l’objectif, mais dans la franchise. Les États-Unis ne cachent plus leur rôle de bandit continental. Ils revendiquent désormais explicitement la surveillance des gouvernements latino-américains, l’encadrement de leurs économies, et la possibilité d’actions coercitives militaires ou économiques si un pays refuse de s’aligner.
La souveraineté nationale, dans cette logique, ne vaut que si elle est compatible avec les intérêts des États-Unis. C’est dans ce contexte assumé qu’il faut lire les menaces de guerre contre le Venezuela, le renforcement du blocus criminel contre Cuba, les provocations vis-à-vis de la Colombie ou les ingérences grossières dans les élections au Honduras.
L’Europe, ce continent de vassaux disciplinés
Le sort que Trump réserve au continent européen a largement été commenté. Encore une fois, l’objectif est la poursuite de la domination. À la différence près que les institutions européennes ne sont plus le vecteur privilégié de cette domination.
Le continent européen est décrit comme un espace culturel et politique en déclin qu’il faut « corriger ». Il s’agit essentiellement d’une zone composée d’alliés soumis, dont le rôle serait :
- D’acheter des armes étatsuniennes ;
- De démanteler les protections sociales, environnementales et numériques au profit des BigTech US,
- De renforcer la dépendance énergétique et industrielle vis-à-vis des États-Unis
- De suivre aveuglément Washington dans toutes ses guerres et mesures coercitives.
Pour imposer ce modèle, Trump s’appuie ouvertement sur l’extrême droite européenne, qu’il utilise comme cheval de Troie pour pérenniser sa domination sur les peuples.
Et pendant ce temps… silence total à Bruxelles. Von der Leyen et les dirigeants européens, d’habitude si prompts à s’indigner, n’ont rien dit. Rien d’étonnant, parce que pour eux, l’hégémonie américaine n’est pas un problème mais leur seul horizon et la raison d’être principale de la construction européenne depuis ses débuts.
Afrique et Moyen-Orient : la domination par le contrôle des ressources
Pour Washington, le continent africain n’existe qu’en tant que réservoir de matières premières. Les États-Unis n’y voient ni partenaires, ni peuples, ni États : seulement des ressources énergétiques, minières et agricoles à sécuriser.
Concernant le Moyen-Orient, la stratégie montre un déplacement : avec la montée de la production d’hydrocarbures aux États-Unis, la région perd de son importance traditionnelle, mais les États-Unis ne montrent néanmoins aucune intention de renoncer à leur domination sur le continent. Il s’agit désormais de maintenir un contrôle politique, sécuritaire et militaire sur les États de la région — pas pour la sécurité mondiale, mais pour empêcher tout autre acteur d’y établir une influence durable.
La Chine : l’adversaire économique à abattre
Au cœur de la stratégie se trouve la Chine. Parce qu’elle est aujourd’hui en passe (ou l’a déjà fait) de dépasser économiquement les États-Unis. Aussi et surtout parce qu’elle représente un modèle alternatif de développement, capable d’offrir au Sud Global une échappatoire à la domination de « l’Occident ». Pour Washington, cela est intolérable. Les États-Unis assument donc tout faire pour contenir leur rival chinois en :
- contrôlant les routes commerciales maritimes,
- encerclant militairement la Chine par une chaîne d’îles militarisées,
- bloquant l’accès aux technologies et aux ressources stratégiques,
- empêchant toute intégration économique régionale qui ne passerait pas par eux.
En définitive, la nouvelle stratégie américaine n’est que la prolongation d’un impérialisme qui n’a jamais cessé d’exister, avec pour seule nouveauté le mérite d’être enfin assumé publiquement. En Europe, les laquais de l’Empire sont complètement déboussolés, incapables de comprendre qu’ils ont été utilisés puis abandonnés.
Les fédéralistes, eux, y voient une occasion rêvée pour accélérer encore leur fuite en avant, déjà à l’œuvre depuis 2022, au détriment de la souveraineté des peuples et des nations. Le reste du monde, qui a depuis longtemps ouvert les yeux sur la nature réelle de l’hégémonie américaine, ne tombera pas des nues. La seule issue n’est pas la militarisation ni le fédéralisme technocratique, mais un véritable multilatéralisme, fondé sur l’égalité des nations, la coopération et la souveraineté populaire.