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Instabilité chronique

Naufrage démocratique au Pérou sur fond de lutte d’influence sino-américaine

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Mise à jour le 21 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

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Chine États-Unis Pérou

En dix ans, le Pérou a connu neuf présidents. Deux seulement ont été élus au suffrage universel. Les autres ont été propulsés ou renversés par un Congrès devenu l’épicentre d’une mécanique de destitution permanente. Cette instabilité traduit l’épuisement d’un système où le Parlement fait et défait les chefs d’État au gré des rapports de force, des pressions judiciaires et des intérêts économiques et personnels. Dernier épisode en date, la destitution du président José Jeri par le Congrès le 17 février.

La séquence actuelle s’inscrit dans le prolongement de celle ouverte par la chute de Pedro Castillo en décembre 2022, destitué pour « incapacité morale » après seulement 1 an et 4 mois d’exercice du pouvoir. Élu sur une ligne de transformation sociale, issu des classes populaires, Castillo a été renversé par ce qui s’apparente à un coup d’État parlementaire. Sa vice-présidente, Dina Boluarte, lui a succédé pour mener une politique conservatrice au cours d’un mandat entaché par la corruption ou l’explosion de la criminalité, avant d’être à son tour destituée pour incapacité morale. L’accession de José Jeri à la présidence s’inscrit dans ce schéma où le Congrès nomme des Présidents fragiles pour mieux pouvoir les contrôler. C’est ainsi que Jeri a été nommé alors que l’homme est poursuivi pour viol, trafic d’influence, favoritisme et nominations illégales. Au Pérou, quatre anciens présidents sont en prison. Parmi eux, Pedro Castillo alors qu’aucune preuve décisive n’a été apportée contre lui. Ses soutiens dénoncent un emprisonnement politique destiné à neutraliser une orientation jugée dangereuse pour l’oligarchie de Lima. Derrière l’instabilité routinière, le…

L’accession de José Jeri à la présidence s’inscrit dans ce schéma où le Congrès nomme des Présidents fragiles pour mieux pouvoir les contrôler. C’est ainsi que Jeri a été nommé alors que l’homme est poursuivi pour viol, trafic d’influence, favoritisme et nominations illégales. Au Pérou, quatre anciens présidents sont en prison. Parmi eux, Pedro Castillo alors qu’aucune preuve décisive n’a été apportée contre lui. Ses soutiens dénoncent un emprisonnement politique destiné à neutraliser une orientation jugée dangereuse pour l’oligarchie de Lima.

Derrière l’instabilité routinière, le grand jeu d’influence entre la Chine et les États-Unis

Cette instabilité chronique ne peut être dissociée des rapports de force internationaux. Les États-Unis ont renforcé leur présence militaire et politique au Pérou depuis 2023 après la chute de Castillo. Dans le même temps, la Chine a consolidé ses positions économiques, notamment autour du port de Chancay, infrastructure stratégique contrôlée par une entreprise d’État chinoise et appelé à devenir un point d’entrée majeur des flux commerciaux transpacifiques en Amérique du Sud. Chancay est une tête de pont des nouvelles routes commerciales sino-latino-américaines. Autour de lui, des projets de connectivité continentale sont envisagés. Les entreprises publiques chinoises occupent déjà une place importante dans la production d’électricité et dans l’exploitation minière péruvienne.

Cette progression heurte frontalement la stratégie d’endiguement de Washington officialisée à l’occasion de la publication de la nouvelle stratégie de sécurité nationale. Des intérêts nord-américains ont pris position dans des infrastructures énergétiques clefs, notamment dans le transport de gaz, dont dépend la production électrique, contrôlée en grande partie par des entreprises chinoises.

L’objectif à peine voilé des États-Unis est d’isoler le port de Chancay au profit du port de Matarani, exploité par le fonds BlackRock.

Dans ce contexte, José Jeri avait renforcé les relations avec des milieux d’affaires chinois. Après la publication de la nouvelle stratégie de sécurité américaine, cette orientation est devenue politiquement coûteuse. Officiellement, ses ennuis relèvent de sordides affaires judiciaires. Officieusement, sa chute coïncide avec le déploiement de la nouvelle doctrine Monroe sur le continent.

Des élections présidentielles prévues en avril et juin 2026

Le remplacement de Jeri par José María Balcázar, 83 ans, membre de Perú Libre — formation qui porta Castillo avant de l’abandonner — s’est opéré avec l’appui d’une partie de la droite libérale. Balcázar affirme vouloir dépasser le clivage droite-gauche, issu « de la Révolution française » et qu’il juge sans fondement idéologique.

En soutenant Balcázar, la droite péruvienne compte en réalité préparer le terrain pour imputer à « la gauche » l’ensemble des difficultés économiques et sociales à venir. Si elles permettront au peuple péruvien de, enfin, désigner un président légitime, les élections présidentielles à venir se dérouleront néanmoins dans un contexte de défiance populaire vis-à-vis de la classe politique, de pression politique voire militaire des États-Unis et de situation sécuritaire sévèrement dégradée.

Un laboratoire de la nouvelle doctrine Monroe

Ce qui se joue au Pérou dépasse la seule crise institutionnelle. Le raidissement de l’administration des États-Unis face aux succès économiques chinois sur le continent, notamment en matière d’infrastructures stratégiques ou de corridors commerciaux déterminera, comme par le passé, les orientations politiques d’une nation à la souveraineté limitée. Pour Washington, il s’agit d’empêcher qu’un pays andin riche en ressources ne bascule durablement dans l’orbite économique chinoise. Pour Pékin, le Pérou constitue un point d’ancrage essentiel sur la façade pacifique sud-américaine.

La souveraineté populaire apparaît une nouvelle fois comme la variable d’ajustement de l’impérialisme des États-Unis sur la région. Destitutions à répétition, présidents sous pression judiciaire, alliances contre nature et trahisons : le naufrage démocratique péruvien ne relève pas d’une fatalité culturelle mais surtout l’illustration d’une situation où la souveraineté réelle se trouve plus à l’Ambassade des États-Unis qu’au palais présidentiel.

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