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Fernando Westphalen/shutterstock
Amériques

Le canal de Panama au cœur d’un affrontement durable

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Mise à jour le 29 décembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Chine Commerce États-Unis Panama

Le dossier du canal de Panama ne peut se comprendre qu’à la lumière du retour en force d’une doctrine américaine hégémonique assumée. Avec le retour de Donald Trump, Washington réactive une version modernisée et coercitive de la doctrine Monroe, combinant sanctions, blocus, pression financière et menaces militaires.

L’opération menée par BlackRock sur les ports panaméens, la riposte ferme de la Chine et la position prudente du Panama révèlent un rapport de force qui s’installe dans la durée.

Doctrine Monroe 2.0, reprendre l’hémisphère par la force et le capital

Dès son retour au pouvoir, Donald Trump clarifie sa ligne : l’hémisphère occidental doit redevenir une zone d’influence exclusive des États-Unis. Cette doctrine Monroe 2.0 ne repose plus sur la seule diplomatie, mais sur une panoplie d’outils coercitifs.

Les actes s’enchaînent : pressions commerciales et politiques sur le Canada, militarisation et chantage douanier vis-à-vis du Mexique, blocus maritime contre le Venezuela, durcissement du blocus économique de Cuba, en dépit des résolutions répétées de l’ONU. Dans cette logique, toute présence chinoise en Amérique latine est désormais perçue comme une menace stratégique directe.

Le canal de Panama, artère vitale du commerce mondial et pivot logistique entre Atlantique et Pacifique, devient alors une cible prioritaire. Trump ne s’en cache pas : la rétrocession de 1999 est qualifiée d’erreur historique et la « récupération » du canal est présentée comme un objectif politique.

BlackRock et la tentative de confiscation indirecte du canal

C’est dans ce cadre qu’intervient l’opération financière de mars 2025. Un consortium mené par BlackRock annonce le rachat pour 22,8 milliards de dollars d’actifs portuaires du conglomérat hongkongais CK Hutchison.

Les actifs visés ne sont pas anodins : les ports de Balboa et Cristóbal, situés aux deux extrémités du canal. Leur contrôle permettrait aux États-Unis de peser sur l’accès, la logistique et la sécurité de l’infrastructure, sans en violer formellement la souveraineté. Washington croit alors réussir un coup stratégique d’importance : confisquer de facto le canal par le capital, là où le droit international interdit toute reprise directe. Trump salue publiquement l’opération comme une première étape vers la « reconquête » du canal.

La Chine ne recule pas et bloque l’opération

La riposte chinoise est immédiate et sans ambiguïté. L’ouverture d’une enquête réglementaire par l’Administration chinoise de régulation des marchés suspend la transaction. Pékin transforme ce qui devait être une victoire américaine en impasse.

Le message est double. À l’extérieur, la Chine refuse toute remise en cause de ses intérêts logistiques globaux et de ses routes commerciales stratégiques. À l’intérieur, elle rappelle aux grandes entreprises de Hong Kong que les considérations géopolitiques priment désormais sur les profits financiers.

Contrairement aux attentes américaines, Pékin ne négocie pas à la marge. Elle exige une participation majoritaire chinoise dans les actifs concernés, faute de quoi l’accord sera enterré. Pour Washington, c’est un revers. La tentative de passage en force échoue.

États-Unis en difficulté, Panama en équilibre instable

L’échec de l’opération montre que les États-Unis ne disposent plus de la liberté d’action dont ils jouissaient dans les années 1980 ou 1990. La Chine est désormais en mesure de bloquer frontalement une initiative américaine dans l’hémisphère occidental.

Face à ce choc de puissances, le Panama adopte une ligne d’équilibre. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, ses autorités réaffirment la neutralité absolue du canal et l’égalité d’accès pour tous les navires. L’Autorité du canal de Panama dément toute concession particulière accordée aux États-Unis.

Mais cette neutralité est fragile. Le traité de 1977, souvent invoqué par Washington, demeure un levier de pression permanent. Le Panama avance sur une ligne étroite, conscient que toute rupture pourrait entraîner des représailles économiques ou politiques.

Vers un conflit commercial et stratégique durable

L’affaire du canal de Panama ne se referme pas mais ouvre au contraire un cycle de confrontation prolongée. Les États-Unis, convaincus d’avoir un droit historique sur la zone, peinent à accepter leur revers. La Chine, désormais sûre de sa capacité de blocage, durcit sa ligne. Le Panama, lui, tente de préserver son autonomie dans un environnement de plus en plus polarisé.

Le canal devient ainsi l’un des théâtres centraux d’un conflit commercial et géopolitique appelé à durer, où s’affrontent une puissance américaine en quête de restauration impériale et une Chine déterminée à ne pas céder.

Doctrine Monroe 2.0 : application concrète

  • Pressions économiques et commerciales sur les alliés
  • Blocus et sanctions extraterritoriales
  • Usage du capital comme instrument géopolitique
  • Menaces militaires implicites ou explicites
  • Criminalisation des partenariats avec la Chine
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